Pendant plus de trois siècles, une croix dominait le site de Kerdalaës, à Saint-Divy, dans le Finistère. Érigé en 1652, le calvaire faisait partie du paysage breton bien avant la Révolution française, bien avant la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, et même bien avant la naissance de la République telle que nous la connaissons. En 1967, afin de préserver ce monument ancien, il fut déplacé au cimetière de Saint-Divy. Son emplacement d’origine conserva son soubassement de pierre, mais resta vide pendant plus d’un demi-siècle.
Soucieuse de rendre au site son aspect historique, la commune fit réaliser en 2022 une reproduction fidèle du calvaire, réinstallée à l’endroit même où il se dressait depuis le XVIIᵉ siècle. Pour les élus, il ne s’agissait nullement d’ériger un nouveau symbole religieux, mais de restituer un élément majeur du patrimoine local. Le Télégramme indique que le tribunal administratif de Rennes n’a pas retenu cette analyse.
Les juges estiment que le monument original étant toujours conservé au cimetière, la reproduction installée en 2022 ne peut être regardée comme une restauration. Juridiquement, elle constitue un « nouvel emblème religieux » implanté sur le domaine public, ce que prohibe l’article 28 de la loi de 1905. Le retrait du calvaire a donc été ordonné dans un délai de six mois.
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Le recours avait été introduit par le Cercle Jean-Marie Deguignet – Libre Pensée 29, qui défend une lecture très stricte de la laïcité et considère qu’aucun nouveau symbole religieux ne peut être installé par une collectivité publique. Mais cette décision soulève une question de fond. Une reproduction fidèle d’un monument qui a occupé le même emplacement pendant plus de trois siècles relève-t-elle réellement d’une création nouvelle ? Peut-on faire abstraction de l’histoire des lieux au seul motif que l’œuvre originale a été déplacée quelques décennies pour être sauvegardée ?
Car un calvaire breton n’est pas un simple objet décoratif. Il est le témoignage d’une civilisation, d’une mémoire collective et d’un héritage spirituel qui ont façonné les paysages de Bretagne depuis des siècles.
À travers cette affaire, c’est une conception de la laïcité qui apparaît. Une laïcité qui ne se borne plus à garantir la neutralité de l’État, mais qui semble considérer avec suspicion toute tentative de restituer un symbole chrétien à son emplacement historique. Demain, faudra-t-il renoncer à reconstituer une croix détruite, une chapelle disparue ou un calvaire renversé, même lorsque l’objectif est avant tout patrimonial ? Au fond, ce n’est pas seulement une copie de pierre qui est visée. C’est la possibilité même de transmettre, dans l’espace public, une mémoire chrétienne plusieurs fois centenaire. Et c’est sans doute cela qui explique l’émotion suscitée par cette décision.
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