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Bienheureuse Bienvenue Bojani

Bienheureuse Bienvenue Bojani - DR
Bienheureuse Bienvenue Bojani - DR
Une vie offerte au Christ dans la prière, la pénitence et l'amour de la Croix

Au XIIIe siècle, dans la petite ville de Cividale del Friuli, au nord-est de l’Italie, naît une enfant dont le prénom semble déjà annoncer la vocation. Selon la tradition, son père, Conrad Bojani, espérait un fils après la naissance de plusieurs filles. Lorsqu’une nouvelle fille vint au monde, il l’accueillit néanmoins en déclarant qu’elle serait la bienvenue. Ainsi fut-elle appelée Benvenuta, Bienvenue en français. Née vers 1255 dans une famille aisée, elle manifesta très jeune une inclination profonde pour la prière, le silence et la dévotion à la Sainte Vierge. Tandis que d’autres enfants recherchaient les distractions de leur âge, elle aimait se retirer dans le jardin familial pour contempler, au loin, un sanctuaire marial. Ce goût précoce de la solitude n’était pas un refus du monde, mais le commencement d’une relation intérieure avec Dieu.

Encore adolescente, Bienvenue fit le choix de consacrer sa virginité au Seigneur. Elle rejoignit le Tiers-Ordre de saint Dominique, cette famille spirituelle permettant de vivre l’idéal dominicain sans entrer dans un monastère. Elle demeura ainsi dans le monde, mais son cœur appartenait entièrement au Christ. Sa vie fut marquée par une pénitence d’une extraordinaire rigueur. Désireuse de s’unir aux souffrances du Sauveur, elle multiplia les jeûnes, les veilles et les mortifications corporelles. Les récits anciens rapportent qu’elle portait une corde si étroitement serrée autour de la taille qu’elle finit par pénétrer dans sa chair et provoquer de douloureuses blessures. La tradition rapporte d’ailleurs que son confesseur lui imposa de renoncer à certaines austérités excessives. Cette obéissance constitue peut-être l’un des enseignements les plus profonds de son existence : la véritable sainteté ne consiste pas à accomplir des exploits spirituels, mais à préférer la volonté de Dieu à sa volonté propre.

Bienvenue connut également de longues années de maladie. Immobilisée pendant une période que ses biographes évaluent à cinq ans, elle transforma cette épreuve en une offrande silencieuse. Les récits hagiographiques lui attribuent des grâces mystiques, des visions et plusieurs miracles.

Selon la tradition dominicaine, elle obtint sa guérison par l’intercession de saint Dominique et entreprit ensuite un pèlerinage à Bologne, auprès du tombeau du fondateur de l’Ordre des Prêcheurs, pour rendre grâce.

Mais au-delà de ces événements extraordinaires, sa vie révèle une vérité essentielle de la spiritualité catholique : la fécondité d’une existence ne dépend pas de son rayonnement extérieur. Une femme inconnue des puissants, retirée dans une maison du Frioul, pouvait participer mystérieusement à la mission de l’Église par sa prière et l’offrande de ses souffrances. Bienvenue mourut en 1292, laissant derrière elle une réputation de sainteté qui traversa les siècles. Son culte fut officiellement confirmé au XVIIIe siècle.

Son témoignage ne nous invite pas à rechercher la douleur, mais à ne jamais considérer comme inutile une existence éprouvée par la maladie, la solitude ou l’effacement.Car la sainteté commence là où l’âme cesse de se rechercher elle-même pour appartenir entièrement à Dieu. Et c’est peut-être dans cette fidélité cachée, plus que dans les grandes réalisations humaines, que se manifeste le plus profondément la puissance de la grâce.

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