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Chine : après vingt et un ans d’attente, le pape Léon XIV donne un évêque à Datong

Monseigneur Paolo Liu Honggang et plus de 200 prêtres lors de la consécration - credit image chinacatholic.cn
Monseigneur Paolo Liu Honggang et plus de 200 prêtres lors de la consécration - credit image chinacatholic.cn
Une nomination qui plonge ses racines dans l'histoire tourmentée du catholicisme chinois et confirme la poursuite du délicat rapprochement engagé entre Rome et Pékin

Il aura fallu plus de vingt et un ans. Ce lundi 31 août 2026, Monseigneur Paolo Liu Honggang a été ordonné évêque de Datong, dans la province chinoise du Shanxi, après avoir été nommé par Léon XIV le 10 août dernier. La cérémonie s’est déroulée dans l’église catholique du district de Pingcheng, à Datong, devant environ 200 prêtres, religieuses et représentants des fidèles. Elle était présidée par Mgr Joseph Shen Bin, évêque de Shanghai, président de la Conférence des évêques catholiques de Chine et vice-président de l’Association patriotique des catholiques chinois.

Consécration épiscopale de Mgr Paolo Liu Honggang à Datong, le 31 août 2026, présidée par Mgr Shen Bin, évêque de Shanghai – credit image chinacatholic.cn

À ses côtés se trouvaient les évêques de Changzhi, Linfen, Shuozhou et Lüliang. Le père Yang Yu, secrétaire général de la Conférence des évêques catholiques de Chine, a donné lecture de la lettre d’approbation de cette Conférence.Ces détails sont importants : ils montrent combien une consécration épiscopale en Chine demeure au croisement de l’autorité du Saint-Siège et des structures ecclésiales reconnues par le pouvoir chinois. Le Vatican précise que Léon XIV a nommé Mgr Liu après avoir « approuvé sa candidature dans le cadre de l’Accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine ».

Du côté chinois, la chronologie commence plus tôt. Paolo Liu Honggang avait été élu évêque désigné de Datong le 28 avril 2026. Il est également vice-président de l’Association patriotique catholique de la province du Shanxi. Élection en Chine le 28 avril, approbation de la candidature et nomination par Léon XIV le 10 août, consécration le 31 août : la succession des événements donne une illustration concrète du mécanisme établi entre Rome et Pékin. Le nouvel évêque connaît parfaitement Datong. Né le 2 novembre 1970 près de Taiyuan, il a étudié au séminaire de Fenyang puis au Séminaire national de Pékin. Ordonné prêtre pour Datong le 24 novembre 1996, il a exercé plusieurs charges paroissiales avant de devenir administrateur diocésain le 15 mars 2005.

Pendant plus de vingt et un ans, celui qui reçoit aujourd’hui la consécration épiscopale aura donc effectivement gouverné le diocèse.

Cette attente s’inscrit toutefois dans une histoire beaucoup plus ancienne. Le dernier évêque de Datong appartenant à la succession épiscopale directement établie par Rome, Mgr Franciscus Joosten, missionnaire belge, avait quitté le siège en novembre 1947. Deux ans plus tard, Mao Zedong proclamait la République populaire de Chine. Commençait alors une longue période de persécutions et de rupture institutionnelle entre l’Église et le nouveau pouvoir communiste. Datong n’est pourtant pas resté sans évêque pendant près de huit décennies. La distinction est essentielle. En 1990, Mgr Thaddeus Guo Yingong fut consacré évêque de Datong dans le cadre de l’Église officielle chinoise, sans nomination pontificale. Il gouverna effectivement le diocèse jusqu’à sa mort, le 4 janvier 2005. Son parcours porte lui-même les blessures de l’histoire chinoise : il avait passé treize années dans des camps de rééducation durant la Révolution culturelle.

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Deux chronologies doivent donc être distinguées. Datong a bien eu un évêque entre 1990 et 2005, puis en a été privé pendant vingt et un ans. Mais la succession épiscopale directement établie par Rome était interrompue depuis 1947.

C’est ce qui donne à la consécration de Mgr Liu Honggang sa portée particulière : Datong reçoit un évêque issu du système ecclésial officiel chinois, mais dont la candidature a été approuvée par le pape et dont la nomination émane de Léon XIV. Deux lignes longtemps séparées de l’histoire du catholicisme chinois se rejoignent ainsi, au moins institutionnellement, dans un même évêque.

C’est précisément l’objectif de l’Accord provisoire conclu en 2018 entre le Saint-Siège et Pékin. Son contenu demeure confidentiel. Renouvelé en 2024 jusqu’en 2028, il vise notamment à empêcher le retour de consécrations épiscopales sans mandat pontifical et à parvenir progressivement à un épiscopat chinois en communion avec Rome. L’accord reste profondément controversé. Ses défenseurs y voient une reconstruction patiente de l’unité de l’Église. Ses critiques soulignent la place toujours considérable occupée par les organismes soumis au contrôle politique chinois et les difficultés rencontrées par les catholiques refusant cette tutelle.Datong concentre cette ambiguïté : le nouvel évêque est nommé par Léon XIV, mais il est aussi responsable de l’Association patriotique au niveau provincial ; son consécrateur principal, Mgr Shen Bin, est lui-même l’un des principaux dirigeants de cette organisation.

Cette consécration permet enfin d’observer les premiers choix chinois de Léon XIV. Pour l’heure, aucune rupture avec la stratégie engagée sous François n’apparaît. Pour les catholiques de Datong, vingt et un ans d’attente prennent fin. Pour Rome, une ancienne fracture de la succession épiscopale chinoise commence à se refermer. Et pour Léon XIV, le choix est désormais perceptible : sur le dossier chinois, la continuité prévaut pour l’instant sur la rupture.

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