Après une première matinée consacrée à la mission de l’Église dans le monde, les cardinaux se sont retrouvés vendredi après-midi dans l’Aula Paul VI pour une nouvelle séance de travail présidée par le cardinal Pablo Virgilio Siongco David. En ouvrant les débats, celui-ci a invité l’assemblée à prier pour les victimes du violent séisme qui a frappé le Venezuela quelques heures auparavant. La réflexion était consacrée au thème « La culture de la puissance et la civilisation de l’amour », à partir du cinquième chapitre de l’encyclique Magnifica Humanitas. Le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, a présenté le rapport introductif avant les travaux en groupes. Le pape Léon XIV, présent à l’ouverture de la session, est revenu en fin d’après-midi pour participer à l’assemblée plénière avant de présider la prière conclusive.
Dans son intervention, le cardinal Fernández a estimé que « la notion même de guerre juste doit être revue et améliorée », considérant que les critères traditionnels de cette doctrine doivent être relus à la lumière des conflits actuels. Il a également souligné que « la notion même de légitime autodéfense doit être mieux spécifiée afin qu’elle puisse être comprise dans son sens le plus strict ». Le cardinal argentin a mis en garde contre les « guerres préventives fondées sur des suppositions », dénonçant des interventions militaires justifiées par des menaces non démontrées. Il a estimé que ces raisonnements finissent par légitimer plusieurs conflits actuels. Citant la constitution conciliaire Gaudium et spes, il a rappelé que « tout acte de guerre qui tend indistinctement à la destruction de villes entières ou de vastes régions avec leurs habitants est un crime contre Dieu et contre l’humanité ». Il a ajouté que « la destruction de villes entières ne peut être considérée comme une action défensive proportionnée », évoquant notamment Gaza et le sud du Liban.
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Le cardinal Fernández a également dénoncé le climat culturel qui favorise les conflits. Selon lui, « les bases permettant de commencer et de poursuivre une guerre sans opposition efficace sont préparées par une bataille culturelle », qui relativise progressivement les principes moraux et « finit par donner une large liberté aux dirigeants violents ». Il a aussi regretté que « la violence, le cynisme et les attaques verbales malveillantes de certains dirigeants politiques aient atteint des niveaux inimaginables il y a encore peu de temps ».
À l’issue des travaux, les onze groupes de travail ont présenté leurs synthèses devant l’assemblée. Selon la Salle de presse du Saint-Siège, tous ont manifesté une « grave conscience des difficultés du temps présent », marquées par « la force déshumanisante de la culture de la puissance ». Les groupes ont également mis en garde contre « la tentation de se conformer aux logiques des puissants », de normaliser la guerre et la polarisation, ce qui conduit à « un abaissement du seuil de tolérance à la violence » et à « une dangereuse simplification dans la recherche de solutions ».
Les cardinaux ont en outre souligné que la construction de la paix ne relevait pas uniquement des responsables politiques, mais constituait également une mission confiée à l’Église et à chaque chrétien. Les groupes ont insisté sur la nécessité d’adopter un langage d’écoute, de pardon, de réconciliation et de justice réparatrice, capable de rejoindre les hommes et les femmes de notre temps. Ils ont également encouragé le dialogue avec les autres confessions chrétiennes ainsi qu’avec les autres religions, en particulier l’islam, afin de promouvoir une véritable « civilisation de l’amour ». Enfin, plusieurs groupes ont estimé nécessaire de « dépasser la logique de la guerre juste », rappelant que « l’Évangile ne s’impose pas par la force » et invitant à parler davantage d’un « droit à une défense proportionnée ». Cette réflexion, directement inspirée du cinquième chapitre de Magnifica Humanitas, devrait nourrir les prochains travaux du Collège cardinalice et contribuer à l’approfondissement de l’enseignement de Léon XIV sur la paix et la responsabilité des nations face aux conflits contemporains.


