L’affaire avait éclaté publiquement au début du mois de mars. Monseigneur Emanuel Hana Shaleta, qui dirigeait depuis 2017 l’éparchie catholique chaldéenne Saint-Pierre-Apôtre de San Diego, en Californie, avait été arrêté le 5 mars à l’aéroport international de San Diego. Quelques jours plus tard, il plaidait non coupable de seize chefs d’accusation, dont huit pour détournement de fonds et huit pour blanchiment d’argent.
L’ancien évêque est accusé d’avoir détourné plus de 270 000 dollars appartenant à la cathédrale chaldéenne Saint-Pierre d’El Cajon, dans le comté de San Diego. Les investigations se sont notamment concentrées sur les revenus tirés de la location d’une salle appartenant à la cathédrale. Selon les éléments rendus publics par la justice américaine, des paiements mensuels dépassant les 30 000 dollars auraient présenté d’importantes anomalies comptables. L’enquête a finalement conduit le bureau du procureur du comté de San Diego à engager seize poursuites pénales contre le prélat.
L’interpellation de Mgr Shaleta avait donné une dimension supplémentaire à l’affaire. Le 5 mars, les policiers l’avaient arrêté à l’aéroport alors qu’il s’apprêtait à quitter les États-Unis. L’accusation avait considéré cette circonstance comme un élément pouvant faire craindre un départ du territoire. La défense avait au contraire assuré que son voyage était prévu de longue date et qu’il ne cherchait nullement à échapper à la justice. Libéré après le versement d’une caution de 125 000 dollars, l’ancien évêque avait dû remettre son passeport aux autorités.
Devant ses fidèles, avant son arrestation, Mgr Shaleta avait déjà rejeté catégoriquement les accusations. Il avait assuré n’avoir jamais détourné l’argent de l’Église et avoir, au contraire, cherché à préserver et administrer correctement les dons qui lui étaient confiés. Sa défense continue de soutenir que les accusations portées contre lui sont infondées.
Le dossier avait pris une tournure plus embarrassante encore pour l’Église lorsque furent révélées des accusations concernant la conduite personnelle de l’évêque. Mgr Shaleta aurait effectué plusieurs déplacements à Tijuana, ville mexicaine située immédiatement de l’autre côté de la frontière, et fréquenté un établissement connu pour la prostitution et les spectacles érotiques. La presse mexicaine s’était largement emparée de ces révélations en février.
Ces accusations doivent cependant être distinguées de la procédure pénale actuellement engagée contre l’ancien évêque : les seize chefs retenus par la justice américaine concernent des faits présumés de détournement de fonds et de blanchiment d’argent.
Le dossier avait parallèlement été examiné à Rome. Une enquête canonique avait été engagée et Mgr Shaleta avait présenté sa démission en janvier. Le pape Léon XIV l’avait acceptée en février, mais la décision n’avait été rendue publique que le 10 mars, quelques jours après l’arrestation du prélat. Mgr Saad Hanna Sirop avait alors été nommé administrateur apostolique de l’éparchie de San Diego.
L’affaire est particulièrement sensible pour l’Église catholique chaldéenne, héritière d’une très ancienne présence chrétienne en Mésopotamie et aujourd’hui fortement implantée dans la diaspora américaine. Aux États-Unis, les communautés chaldéennes sont notamment importantes en Californie, dans le Michigan et en Arizona. Mgr Emanuel Shaleta demeure à ce jour présumé innocent. Il a choisi de contester les accusations portées contre lui et affirme qu’il sera finalement innocenté. Si la justice américaine devait au contraire le reconnaître coupable de l’ensemble des charges, l’ancien évêque pourrait être condamné à une peine allant jusqu’à quinze ans de prison.


