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La Cour européenne condamne la Turquie pour les persécutions et discriminations visant les communautés chrétiennes

intérieur de l'ancienne basilique Sainte-Sophie ( Istanbul)  - Depositphotos
intérieur de l'ancienne basilique Sainte-Sophie ( Istanbul) - Depositphotos
Dans un arrêt rendu le 27 mai 2026 dans l’affaire Mavrakis et autres c. Turquie, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné Ankara pour avoir empêché deux prêtres grecs orthodoxes de participer à l’administration de leurs propres fondations communautaires

C’est une décision qui relance la question de la liberté religieuse et du statut des minorités chrétiennes dans le pays. La Cour européenne des droits de l’homme vient d’infliger un revers important à la Turquie. Dans l’affaire Mavrakis et autres c. Turquie, les juges de Strasbourg ont estimé que les autorités turques avaient porté atteinte aux droits de deux prêtres grecs orthodoxes en les empêchant de siéger au sein des conseils d’administration de fondations appartenant à leur propre communauté religieuse. Derrière cette affaire juridique se profile une question bien plus large : celle de la place accordée aux communautés chrétiennes dans un pays qui fut pourtant l’un des principaux foyers du christianisme.

L’arrêt constitue également une victoire pour le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), qui avait été autorisé à intervenir devant la Cour. Depuis plusieurs années, cette organisation documente les difficultés rencontrées par les chrétiens de Turquie et dénonce un système de restrictions qui limite leur autonomie institutionnelle. La portée symbolique de cette décision est considérable. L’actuelle Turquie correspond à une grande partie de l’ancienne Asie Mineure, où se sont développées certaines des premières communautés chrétiennes. C’est sur ces terres que saint Paul effectua plusieurs de ses voyages missionnaires et que furent organisés des conciles majeurs de l’histoire de l’Église.

Pourtant, la présence chrétienne y a connu un effondrement spectaculaire. Selon le rapport publié par l’ECLJ en novembre 2025, les chrétiens représentaient environ 20 % de la population au début du XXe siècle. Ils ne constituent plus aujourd’hui qu’environ 0,3 % des habitants du pays, soit près de 257 000 personnes. Le rapport rappelle que ce recul est le résultat d’une longue succession de persécutions, de massacres, d’expulsions et de politiques ayant conduit à la disparition progressive de nombreuses communautés chrétiennes historiques.

Aujourd’hui encore, plusieurs obstacles continuent de peser sur leur vie quotidienne.

L’un des principaux griefs concerne l’absence de véritable reconnaissance juridique de certaines Églises historiques. Le Patriarcat œcuménique de Constantinople, les Églises arméniennes ou encore l’Église catholique ne bénéficient pas d’un statut pleinement reconnu par l’État.

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Cette situation contraint les communautés chrétiennes à s’appuyer sur un système de fondations communautaires dont le fonctionnement reste étroitement encadré par les autorités. C’est précisément ce mécanisme qui était au cœur de l’affaire examinée par la Cour européenne.L’ECLJ souligne également les nombreuses confiscations de biens subies au fil des décennies. Des milliers de propriétés appartenant à des fondations chrétiennes auraient été expropriées, nationalisées ou placées sous tutelle administrative. Églises, écoles, hôpitaux et œuvres sociales ont parfois été touchés par ces mesures.

Les difficultés ne se limitent pas aux seules questions administratives. Le rapport évoque aussi un climat de méfiance à l’égard des chrétiens et recense plusieurs agressions visant des personnes ou des lieux de culte. Parmi les événements les plus marquants figure l’attentat commis contre l’église catholique Santa Maria d’Istanbul en janvier 2024 pendant une messe dominicale, attaque revendiquée par l’État islamique. D’autres incidents concernent des menaces contre des pasteurs protestants, des profanations d’églises ou des actes de vandalisme.

Selon les auteurs du rapport, ces actes s’inscrivent dans un contexte où l’identité nationale demeure souvent associée à l’islam sunnite majoritaire. Ils estiment que cette vision contribue à marginaliser les minorités religieuses et à entretenir la perception des chrétiens comme des groupes extérieurs à la nation.

Les convertis au christianisme seraient particulièrement exposés à cette pression sociale, certains rencontrant des difficultés au sein même de leur environnement familial ou professionnel.

Cette situation est régulièrement dénoncée par les organisations internationales de défense de la liberté religieuse. L’ONG Portes Ouvertes classe ainsi la Turquie parmi les pays où les chrétiens subissent un niveau élevé de pression dans leur vie personnelle, familiale et communautaire.L’arrêt rendu par la Cour européenne ne résoudra pas à lui seul l’ensemble de ces difficultés. Il marque toutefois une étape importante en rappelant que les communautés religieuses doivent pouvoir administrer librement leurs institutions et participer à leur gouvernance sans intervention arbitraire de l’État. La décision intervient quelques mois après le voyage du pape Léon XIV en Turquie à l’occasion du 1700e anniversaire du concile de Nicée. Le souverain pontife avait alors souligné l’importance de la liberté religieuse et de la protection des minorités chrétiennes présentes sur cette terre qui conserve une place unique dans l’histoire du christianisme.

Au-delà du cas des deux prêtres orthodoxes concernés, l’arrêt de Strasbourg remet en lumière une question essentielle : celle de l’avenir des communautés chrétiennes historiques de Turquie. Héritières d’une présence remontant aux premiers siècles de l’Église, elles continuent aujourd’hui à chercher les conditions nécessaires pour préserver leur patrimoine, transmettre leur foi et participer pleinement à la vie du pays.

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