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La croix interdite : une association étudiante victime de discrimination religieuse à l’Université de Caen

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Une croix chrétienne jugée contraire à la laïcité, mais des iftars, des activités liées au ramadan et des formations religieuses organisées sur le même campus sans susciter les mêmes réactions. À Caen, une polémique relance le débat sur l'application sélective de la laïcité dans l'enseignement supérieur

Une croix accrochée à un mur peut-elle devenir un problème universitaire majeur ? À l’Université de Caen, la question fait désormais polémique. L’organisation étudiante UNI affirme avoir reçu l’ordre de retirer une croix installée dans son local associatif, une demande formulée au nom du principe de laïcité. Selon les informations rendues publiques par l’organisation étudiante, la direction de l’université aurait considéré que la présence de ce symbole chrétien n’était pas compatible avec les règles applicables au sein de l’établissement. Une décision que l’UNI refuse de comprendre et qu’elle présente comme une discrimination religieuse visant spécifiquement une expression visible du christianisme.

Pour les responsables de l’association, cette exigence apparaît d’autant plus contestable que la croix en question n’était pas installée dans un amphithéâtre, une salle de cours ou un bureau administratif, mais dans un local attribué à une association étudiante. Il s’agit donc d’un espace associatif où les étudiants sont précisément censés pouvoir développer librement leurs activités et afficher leur identité. C’est surtout la comparaison avec d’autres initiatives présentes sur le campus qui nourrit aujourd’hui la controverse. L’UNI souligne en effet que l’Association des étudiants musulmans de France (EMF) de Caen organise régulièrement des activités liées à la pratique de l’islam. Les publications diffusées par l’association font état de repas de rupture du jeûne pendant le ramadan, d’événements religieux et même de formations proposées aux étudiants musulmans.

Pour l’UNI, il est difficile de comprendre pourquoi une simple croix chrétienne serait considérée comme contraire à la laïcité alors que des activités explicitement liées au ramadan ou à la formation religieuse semblent être admises sans difficulté particulière. L’organisation étudiante dénonce ainsi une « laïcité à deux vitesses », sévère lorsqu’il s’agit du christianisme mais beaucoup plus souple dans d’autres circonstances.

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L’affaire dépasse largement le cadre de l’Université de Caen. Depuis plusieurs années, de nombreuses controverses similaires émergent dans les établissements d’enseignement supérieur français. Ici, une croix retirée d’un local. Là, une messe universitaire contestée. Ailleurs, des étudiants chrétiens invités à faire preuve d’une discrétion toujours plus grande dans l’expression de leur foi.Dans le même temps, certaines revendications ou manifestations religieuses d’une autre nature paraissent bénéficier d’une plus grande tolérance institutionnelle. Cette impression, qu’elle soit ou non fondée dans chaque cas particulier, nourrit chez de nombreux étudiants le sentiment d’un traitement inégal.

Pourtant, la laïcité française repose en principe sur l’égalité. Elle impose la neutralité à l’État et à ses agents, mais elle garantit également la liberté de conscience et la liberté religieuse. Son objectif n’est pas d’effacer toute expression de foi de l’espace social ou associatif. C’est précisément cette égalité que l’UNI estime aujourd’hui remise en cause. Derrière le débat autour d’une simple croix se dessine une question beaucoup plus large : les symboles chrétiens sont-ils devenus les premiers visés par une interprétation toujours plus restrictive de la laïcité ? À Caen, l’affaire continue de susciter de vives réactions. Et bien au-delà du campus normand, elle pose une interrogation essentielle pour l’avenir de l’université française : la liberté religieuse y est-elle réellement garantie de manière égale pour tous les étudiants, quelles que soient leurs convictions ?

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