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Série – Les cathédrales : la symbolique de la cathédrale Saint Etienne de METZ [2]

La cathédrale Saint Etienne de METZ - Depositphotos
La cathédrale Saint Etienne de METZ - Depositphotos
Cette deuxième partie propose une lecture approfondie de la cathédrale Saint-Étienne de Metz à travers son architecture, ses portails, ses tours et ses vitraux. Elle met en lumière les dimensions historiques, artistiques et symboliques qui font de cet édifice l’un des plus remarquables témoins du patrimoine religieux lorrain

Après avoir étudié la très complexe construction de la cathédrale de Metz, attachons-nous à présent à la décrire ; nous rappellerons aussi quelques bases de la symbologie. La cathédrale est bâtie en pierre de Jaumont, de couleur tendant sur le jaune. L’ensemble est gothique de façon homogène, mais on peut déceler certaines variantes, entre la nef du XIIIe au XIVe siècle, ère du gothique rayonnant reconnaissable par ses vastes verrières, comme la verrière occidentale de la cathédrale, tandis que le transept et le chœur n’ont été élevés qu’un siècle plus tard, dans une période de prédilection du style flamboyant, qui a été propice à l’édification des « murs vitrés » du transept (inspirés par ceux de la cathédrale de Toul). L’impression qui marque est la hauteur de l’élévation de la nef principale d’un peu moins de 42 m, car, fait a priori unique au monde, elle est trois fois plus haute que les nefs collatérales de 14 m, lui conférant ainsi une exceptionnelle élévation ; en effet, la plupart des cathédrales ont une nef principale deux fois supérieure aux latérales.

Dimensions :

Surface du bâtiment : 3 500 m2

Longueur maximale extérieure : 136 m

Longueur maximale intérieure : 123,2 m

Largeur de la façade ouest : 33,0 m

Hauteur des voûtes : de 41,41 m à 41,7m selon l’endroit mesuré (= 140 pieds romains)

Hauteur de la nef centrale : 41,41 m

Largeur de la nef centrale : 15,60 m

Hauteur des nefs collatérales : 14,3 m (très basses par rapport à la forte élévation de la nef)

Hauteur des voûtes du transept: 43,10 m

Longueur de la nef transversale (transept) : 46,80 m

Largeur de la nef transversale (transept) : 16,34 m

Hauteur de la tour du Chapitre : 69,00 m

Hauteur de la tour de Mutte : 88,00 m (93,00 m avec la flèche)

Surface des vitraux : 6 496 m2

Diamètre de la rosace Ouest : 11,25 m

L’extérieur

La cathédrale de Metz a la particularité de ne pas posséder de « façade harmonique » à la manière des autres grandes cathédrales gothiques de France, c’est-à-dire une façade occidentale en forme de U ou de H, à composition tripartite avec un soubassement percé de trois portails, dont le central, plus large, surmonté d’un mur pignon qui s’ouvre avec de grandes baies, les rosaces gothiques ; les deux portails latéraux sont surmontés de tours symétriques abritant les cloches ; leur verticalité préfigure la silhouette des cathédrales, avec les tours plantées sur la première travée des collatéraux, alignées sur la porte principale de la nef, de sorte à créer une façade rectiligne, permettant la réalisation de grandes verrières. Ici, rien de tout cela ; la cathédrale de Metz n’a qu’un seul portail sur sa façade principale.

En effet, les tours de la Mutte et du Chapitre ont été placées seulement à la troisième travée car il s’agissait en réalité de la limite occidentale de la cathédrale, la collégiale Notre-Dame-la-Ronde occupant alors les 3 premières travées (la séparation était assurée par un mur à l’intérieur de l’édifice et une importante différence de dénivelé) ; l’entrée à cette dernière se faisait essentiellement par un portail donnant sur la place Saint-Étienne. Lors de l’abattement du mur séparateur des « deux églises » en 1380 et la mise à niveau du sol de la cathédrale, le portail de la Vierge fut percé vers le Sud mais de façon oblique par rapport au bâtiment ; la façade occidentale ne disposa d’un portique qu’à partir de 1764 avec l’ensemble classique de Blondel. Lors de l’édification du porche néogothique actuel au début du XXe siècle un projet de portail triple fut proposé mais rejeté car il modifiait trop la physionomie de la cathédrale.

Il y a donc deux églises en une. Les trois premières travées de la nef de la cathédrale sont celles de Notre-Dame-la-Ronde, dont l’axe est perpendiculaire à celui de Saint-Étienne et le visiteur attentif notera, selon les canons architecturaux gothiques, le portail principal de cette église au Nord de la seconde travée, son abside et son maître-autel au Sud de la seconde travée alors que la première et troisième travées servent de bas-côtés à cette curieuse « église dans l’église ». L’autre église (ancienne basilique ottonienne et antérieure à Notre-Dame-la-Ronde), comprenait le reste de la surface de la cathédrale, son chœur et son transept avait été conservé jusqu’en 1440, sa nef avait été détruite au début de la construction de la cathédrale au XIIIe siècle. On peut encore admirer la crypte de l’édifice ottonien, sous le chœur de la cathédrale. Le visiteur attentif pourrait aussi se dire que l’église la plus au Sud était dans l’axe du soleil levant le jour de la fête de St Étienne le 26 décembre…certes, s’eût été bien observé, mais vraisemblablement faux, car l’auteur pense que l’église la plus au Sud, étant à l’origine Notre-Dame-la Ronde, l’orientation suivie était en fait celle du 8 décembre, fête de l’Immaculée conception, qui était vénérée depuis au moins le Ve siècle, associée à une fête de la lumière dans de nombreuse villes (Lyon, Avignon etc.). Il se trouve que le solstice étant le 21 décembre, les deux orientations (8 et 26 décembre) sont quasiment identiques, ce qui tombe bien dans le cas présent. L’autre église était orientée vers le solstice d’été, donc beaucoup plus au Nord/Nord-Est, voulant ainsi montrer que la Jérusalem céleste (nous reviendrons sur cette notion avec les proportions de l’église) était source d’Espérance et de Lumière.

  

Le portail de la Vierge ou Notre-Dame donnait accès, côté Sud, à la collégiale Notre-Dame-la-Ronde après sa reconstruction vers 1260. Après 1380, il donnait accès à la première travée du bas-côté Sud de la cathédrale. Il avait été caché et abîmé au moment de la construction des arcades construites à partir de 1754 sur la place d’Armes suivant les plans de Jacques-François Blondel. Dès 1854, l’évêque de Metz, Paul Dupont des Loges, racheta les maisons construites derrières les arcades et commença à démolir les arcades et les maisons, faisant ainsi réapparaître le portail de la Vierge. Il fut restauré à partir de 1880 par l’architecte Paul Tornow et le sculpteur Auguste Dujardin.

La partie la mieux conservée de l’ancien portail de la Vierge est le tympan. Il est divisé en trois niveaux. Le niveau supérieur représente le Couronnement de la Vierge, au-dessous, la Dormition de la Vierge avec le Christ et, de part et d’autre, deux apôtres et six anges. Les dix autres apôtres sont sculptés au niveau inférieur. Les autres sculptures du portail ont été refaites par l’équipe de sculpteurs dirigée par Auguste Dujardin. Le portail a été inauguré par Mgr Dupont des Loges, le jour de Pâques, le 5 avril 1885. Il est dominé par une grande verrière à 4 lancettes (la Terre) en corbeille, constituées de 2 lancettes surmontées d’un quadrilobe (3 éléments : la Trinité), soutenant une rose à 8 pétales (la Résurrection), elle-même surplombée par une corniche de 9 arches (3X3 : le chiffre de l’amour absolu), et un tympan triangulaire (la Trinité) correspondant à la charpente (la Charité), contenant une horloge de 3,5m de diamètre (le temps confié par Dieu aux hommes). Une série de sculptures, représentant de petits personnages et des symboles serait révélatrice d’un parcours d’initiation des bâtisseurs de cathédrale et par extension des étapes de toute évolution spirituelle. Ces sculptures symboliques se retrouvent fréquemment dans les cathédrales et les églises (romanes et gothiques), mais la cathédrale de Metz a la particularité d’en représenter trente-trois (l’âge supposé de la mort du Christ) dans un ordre particulier et toutes dans un même lieu. Cette série débute avec l’arbre sec, symbole du postulent à l’initiation encore immergé dans le monde profane. L’arbre sec correspond à la parole extraite de la Bible : « tu passes pour vivant, mais tu es mort » (Ap 3:1). Le chemin se termine avec l’arbre fleuri, symbole de l’homme accompli, qui par la connaissance et le respect des lois divines, a permis à l’Arbre de Vie de ressusciter en lui. À ses 33 degrés s’ajoutent 7 représentations des vices qui barrent le chemin de l’initiation. Ces représentations des vices sont surplombées d’une statue de la Vierge à l’Enfant, symbole des 7 vertus de l’âme humaine. Ce portail signifie, selon l’auteur, que tout homme, dans le temps qui lui est imparti sur Terre, peut, à l’image de Marie et des saints, dans la continuité de l’Ancienne Alliance, suivre le Christ pour la Nouvelle Alliance, patiemment, en s’instruisant et s’éduquant à l’amour, malgré ses défauts,  pour rejoindre Dieu trinitaire et être aussi couronné de l’Amour divin.

Le portail Saint-Étienne s’ouvre sur la deuxième travée de la nef, côté Nord, face à l’abside de la chapelle Notre-Dame-la-Ronde. L’essentiel de son décor doit dater du dernier quart du XIIIe siècle. Le tympan est ajouré avec une rose à 10 pétales (la multitude des hommes) suivant le type rémois et le linteau n’est pas sculpté.

Le soubassement des piédroits et des contreforts situés de part et d’autre sont sculptés en partie basse avec des draperies (évoquant le rideau du Temple, séparant l’Arche du fidèle dans l’Ancienne Alliance, et déchiré à la mort du Christ, ce qui permit un contact direct entre l’homme et Dieu), et, au-dessus, une suite de compartiments en losanges à gauche, avec des figures imaginaires (représentations des vices et des vertus, voire des Évangélistes), en rectangles à droite, contenant des scènes historiées tirées de l’histoire de David (grand chantre de l’Amour et du pardon de Dieu mais aussi grand pécheur), de l’impératrice Hélène, de sainte Marguerite et de saint Étienne (de saintes figures). La plupart de ces panneaux sont d’origine. Ils signifient, selon l’auteur, que derrière ce porche (le rideau du Temple), Dieu attend chacun, pécheur ou vertueux ; Il attend la multitude (la rose), par amour.

  

En 1859, l’évêque commanda à Jean François Racine, architecte diocésain de la Moselle, une étude pour une nouvelle façade occidentale, pour remplacer ce que Blondel fit. Il prévoyait trois portails permettant d’accéder aux trois nefs. Après l’annexion de la Moselle par l’empire allemand, l’architecte Franz Jakob Schmitt présenta un premier projet de restauration du portail en 1873 qui s’inspirait du portail de l’église Saint-Nicaise de Reims. En 1874, il présenta un second portail prenant en considération le style gothique bourguignon du portail de la collégiale Notre-Dame-la-Ronde. Paul Tornow succéda à Franz Jakob Schmitt comme architecte du chantier de la cathédrale en 1874. Ce dernier présenta ses premiers plans en 1875 qui se distinguaient des études précédentes par un portail unique. L’incendie de la toiture, en 1877, arrêta les projets sur la façade occidentale, qui ne reprirent qu’après la fin des travaux de réparation de la cathédrale suite à ce sinistre, en 1889. Pour préparer ses travaux, Paul Tornow fit deux voyages en France avec Auguste Dujardin, en 1891 et 1895, pour visiter des églises et cathédrales gothiques. Le dernier projet, inspiré des portails des églises Notre-Dame de Dijon, de Semur-en-Auxois et de Saint-Père-sous-Vézelay, fut daté du 15 juin 1895, et envoyé à Berlin pour approbation par Guillaume II le 2 septembre 1895. Le portail occidental conçu par l’architecte Paul Tornow fut réalisé par l’équipe de sculpteurs d’Auguste Dujardin. Le pignon occidental fut repris pour augmenter son ornementation et il fut terminé en 1897. Le portail de Blondel fut alors démoli en 1898. La première pierre du nouveau portail fut posée en 1900 et son inauguration par l’empereur Guillaume II eut lieu le 14 mai 1903.

Le tympan du portail représente le Jugement dernier, reprenant un thème des cathédrales de Paris, Bourges, Amiens.

Ce portail représente la Rédemption : il signifie que tout homme, dans le temps qui lui est confié par Dieu (l’horloge), peut rejoindre la Trinité (le faîte), pour la vie éternelle (la rose à 8 pétales), car il est aimé de Dieu (les 9 arches supérieures) ; pour cela, il doit se comporter sur cette Terre (les 4 lancettes) selon ses préceptes, car sa liberté (le jugement final selon son libre-arbitre) le conduira soit au paradis, soit en enfer.

 

La tour carrée de la Mutte qui servit de beffroi municipal, s’élève à 88 mètres de hauteur, le sommet de la flèche octogonale atteignant 93 m.

Jusqu’à la fin du XIVe siècle, à Metz, la cloche de Saint-Eucaire déjà fondue en 1381, servait de cloche municipale. On l’appelait bancloche ou plus communément mutte, puisqu’elle était destinée à ameuter la population en diverses occasions. En 1412, il fut décidé d’installer la bancloche sur la tour Sud de la cathédrale, alors en construction. En juillet 1478, le clocher de bois fut détruit et la construction d’une tour de pierre fut entreprise par Hannès de Ranconvaulx qui acheva sa construction en octobre 1481. La cloche nommée La Mutte pèse onze tonnes et mesure 2,32 m de diamètre. Elle sonne en fa dièse 2. Elle a été refondue 8 fois, du fait de fêlures successives depuis 1418. Elle ne sonnait qu’en cas d’attaques ennemies, d’incendies, de très grandes fêtes. Elle sonna sinistrement la capitulation de 1870 et l’annexion de Metz à l’Allemagne. Elle sonna à la volée pour la dernière fois en 1918 lors de la victoire des Français. Mais, une campagne de travaux menée entre 2009 et 2015 permit de remettre en état le beffroi et la cloche ; elle peut donc de nouveau sonner à la volée depuis le 26 juin 2015.

La tour carrée (la Terre) du Chapitre, située sur la façade Nord, à l’opposé de la tour de la Mutte, s’élève à 69m juste au-dessus du portail de Saint-Étienne. À la différence de la tour de la Mutte, elle ne possède pas de flèche. Sa partie inférieure fut construite au XIIIe siècle et la partie haute de 1840 à 1843. À mi-hauteur sur un meneau central, le sculpteur Dujardin a réalisé un monumental crucifix (il mesure 5,20 mètres) en 1894. Ce dernier remplace « le grand Christ » qui avait été détruit un siècle plus tôt. À l’intérieur de la tour, se trouvent cinq cloches : la grosse Marie, datant du XVIIe siècle, la Catherine, datant de la Renaissance mais refondue en 1890 par le fondeur messin André Guenser (1843-1935), Clément, Marie-Immaculée et Étienne.

En 1905, Tornow proposa la surélévation de la tour par une flèche afin de retrouver une symétrie à la tour de la Mutte et d’élancer un peu plus cette tour qui, à la suite de la surélévation de la couverture de la nef paraissait plus petite. Cette proposition, tout comme la réalisation d’une flèche à la croisée du transept pour les mêmes raisons, ne fut cependant pas retenue.

Le gothique lorrain resta longtemps sensible à une influence rhénane, héritée du style romano-rhénan, lui-même très inspiré par l’architecture ottonienne. Ce style local doit à la cathédrale Notre-Dame de Verdun son plan à deux chœurs et à des édifices comme la cathédrale Saint-Étienne de Toul ou la basilique Saint-Vincent de Metz leur « chevet lorrain » caractérisé par la présence de tours octogonales (la résurrection) encadrant un chevet sans déambulatoire.

Le transept, le chœur et le chevet de la cathédrale, reconstruits entre 1486 et 1520, témoignaient encore d’un style ottonien du XIe siècle et étaient flanqués, conformément à la tradition rhénane, de deux tours qui étaient surnommées tour Charlemagne et tour de la Boule d’Or. Reconstruit dans un style gothique au début du XVIe siècle, le chevet, devant comprendre un déambulatoire, ne permettait pas la réalisation d’un chevet lorrain. Cependant, la Renaissance en Europe, suscitant un regain pour des styles considérés comme dépassés (principalement des styles antiques), deux tourelles octogonales (la résurrection) furent ajoutées contre la base du déambulatoire pour servir de contreforts. Leur présence discrète reflète ainsi un certain héritage du gothique rhénan, rappelant également l’architecture romane par la forme octogonale et les arcades géminées à leur sommet. La tourelle Nord est surnommée « tour de la Boule d’or » car ayant présenté un dôme doré à son sommet à une époque, avant qu’il ne soit remplacé par une flèche. La seconde a gardé l’appellation de « tour Charlemagne ».

Nous entrerons dans la cathédrale au prochain article…

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