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Léon XIV dénonce « le relativisme et l’instrumentalisation de la connaissance »

Léon XIV  - capture écran
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" Une université catholique doit contribuer à la protection et au développement de la dignité humaine et de l’héritage culturel "

Dans un message, publié ce jeudi 14 mai, adressé à l’Université catholique bolivienne « San Pablo » à l’occasion du 60e anniversaire de sa fondation, le pape Léon XIV développe une réflexion profonde sur la mission de l’université catholique, la recherche de la vérité et le lien entre foi, raison et dignité humaine.Parmi les nombreux textes publiés ces derniers mois par le Saint-Siège, le message adressé par le pape Léon XIV à l’Université catholique bolivienne « San Pablo » mérite une attention particulière. Derrière la forme institutionnelle du document apparaît une véritable vision chrétienne de l’université, de la culture et du rôle intellectuel des catholiques dans le monde contemporain.

Le texte s’inscrit clairement dans la continuité des grandes intuitions de saint Jean-Paul II et de Benoît XVI. Pour Léon XIV, l’université catholique ne peut se réduire à un lieu de formation technique ni à un simple instrument de production économique. Elle doit être un espace où la recherche de la vérité conduit à une compréhension plus profonde de l’homme, de la société et de Dieu. Quelques heures auparavant, lors de sa visite à l’Université La Sapienza de Rome, le pape avait déjà déclaré devant les étudiants : « Celui qui étudie, celui qui cherche la vérité, cherche Dieu. » Le message envoyé à l’université bolivienne développe cette idée avec une profondeur théologique et intellectuelle beaucoup plus importante. L’un des passages centraux du texte est celui où Léon XIV rappelle la nature profonde de l’institution universitaire :

« L’université, dans son identité la plus profonde, ne se réduit pas à être un centre de formation technique ni un simple espace de production d’un savoir utilitaire. »

Cette phrase apparaît comme une critique implicite de certaines évolutions du monde universitaire contemporain. Dans de nombreux pays, l’enseignement supérieur tend à être pensé presque exclusivement selon des critères de rentabilité, d’efficacité professionnelle ou d’utilité économique immédiate. Les disciplines humanistes, philosophiques ou spirituelles sont souvent reléguées au second plan. Le pape refuse clairement cette logique. En citant la constitution apostolique Ex Corde Ecclesiae de saint Jean-Paul II, il rappelle qu’une université catholique doit être : « une communauté académique qui contribue à la protection et au développement de la dignité humaine et de l’héritage culturel ».

Autrement dit, l’université ne forme pas seulement des professionnels compétents ; elle doit former des personnes capables de penser avec rigueur, de dialoguer et de servir le bien commun. Le cœur intellectuel et spirituel du message se trouve dans le commentaire de la devise de l’université : Veritas in Caritate, « la vérité dans la charité ». Léon XIV écrit : « Pour la tradition chrétienne, la vérité n’est pas seulement un idéal intellectuel ni un concept abstrait, mais elle trouve son identité dans la personne même de Jésus-Christ. » Cette phrase est probablement la plus forte du texte. Elle rappelle que, dans la pensée chrétienne, la vérité n’est pas simplement une idée philosophique ou une accumulation de connaissances exactes. La vérité possède un visage : celui du Christ lui-même. Le pape cite explicitement l’Évangile de Jean : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6).

Cette approche s’oppose directement à une vision relativiste du savoir où toute vérité deviendrait purement subjective. Pour Léon XIV, la recherche intellectuelle ne peut être séparée de la question du sens, de la morale et de la destinée humaine.

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Mais le texte refuse également toute opposition entre foi et intelligence. Au contraire, le pape insiste constamment sur la nécessité de la rigueur scientifique, de l’honnêteté intellectuelle et du dialogue. Il affirme ainsi que l’université doit intégrer : « savoir et vie, intelligence et éthique, foi et raison, excellence académique et responsabilité sociale ». Cette formule rappelle fortement les grands discours de Benoît XVI sur le rapport entre foi et raison. Le savoir ne peut être neutre ; il engage une responsabilité morale. Le pape met aussi en garde contre les dérives d’une connaissance utilisée comme instrument de domination :« Reconnaître que la Vérité a un visage personnel et une dimension relationnelle empêche que la connaissance devienne un instrument de domination, d’exclusion ou de simple utilité. »

On retrouve ici une critique profonde de certaines logiques technocratiques contemporaines où la science, l’économie ou la technologie risquent d’être séparées de toute réflexion éthique. Le texte contient également une analyse culturelle importante lorsque Léon XIV évoque : « la fragmentation du savoir, le relativisme et l’instrumentalisation de la connaissance ». Cette phrase résume l’un des grands diagnostics intellectuels de l’Église contemporaine. La fragmentation du savoir désigne une société où les disciplines se développent sans vision globale de l’homme. Le relativisme considère qu’aucune vérité objective n’existe réellement. Quant à l’instrumentalisation du savoir, elle réduit la connaissance à l’efficacité, au pouvoir ou au profit.

Face à cela, Léon XIV propose une autre vision : une université capable de chercher la vérité sans renoncer à l’éthique ni à la transcendance. Le message possède enfin une dimension profondément missionnaire. Le pape rappelle aux universitaires qu’ils sont appelés à être : « lumière du monde ». Ainsi, enseigner, faire de la recherche ou transmettre un savoir deviennent aussi une manière de servir l’homme et de témoigner de l’Évangile dans le monde intellectuel.

La conclusion du texte, confiée à l’intercession de la Vierge Marie, « Trône de la Sagesse », donne finalement la clé de lecture de tout le message : pour Léon XIV, l’intelligence humaine atteint sa pleine grandeur lorsqu’elle demeure ouverte à la vérité, à la dignité humaine et à Dieu.

Texte intégral du message du pape Léon XIV

Traduction TC

« À tous les membres de la communauté universitaire,

À l’occasion du soixantième anniversaire de cette Université catholique, je souhaite adresser mes salutations à tous ceux qui font partie de cette institution. Célébrer soixante années nous permet de reconnaître un parcours fécond au service de l’Église et de la société.

L’université, dans son identité la plus profonde, ne se réduit pas à être un centre de formation technique ni un simple espace de production d’un savoir utilitaire. Elle est avant tout « une communauté académique qui, de manière rigoureuse et critique, contribue à la protection et au développement de la dignité humaine et de l’héritage culturel par la recherche, l’enseignement et les divers services offerts aux communautés locales, nationales et internationales ».

L’université existe donc pour promouvoir une formation intégrale de la personne, puisque la véritable éducation « vise à former la personne humaine en vue de sa fin ultime et du bien des différentes sociétés dont l’homme est membre ». Dans cette perspective, les facultés intellectuelles et morales, la liberté responsable et l’engagement pour le bien commun sont harmonieusement cultivés, formant des personnes capables de penser avec rigueur, de dialoguer avec ouverture et d’agir avec droiture.

On comprend alors avec une profondeur particulière la devise qui caractérise votre université : Veritas in Caritate. Cette expression constitue une synthèse éloquente de la mission universitaire assumée dans la foi. Pour la tradition chrétienne, la vérité n’est pas seulement un idéal intellectuel ni un concept abstrait, mais elle trouve son identité dans la personne même de Jésus-Christ, qui se révèle précisément comme « la Vérité » et qui « révèle pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la grandeur de sa vocation ».

Dans cette perspective, la vérité, recherchée avec rigueur intellectuelle et honnêteté scientifique, trouve dans la charité son horizon et son critère ultime, car dire la vérité est, pour le chrétien, un acte d’amour qui construit, guérit et oriente la personne vers sa plénitude. Reconnaître que la Vérité possède un visage personnel et une dimension relationnelle empêche que la connaissance devienne un instrument de domination, d’exclusion ou de simple utilité ; elle l’oriente au contraire vers le service de la justice et de la dignité de tout être humain, spécialement des plus vulnérables.

Ainsi, Veritas in Caritate exprime la vocation d’une communauté académique qui aspire à intégrer savoir et vie, intelligence et éthique, foi et raison, excellence académique et responsabilité sociale. La recherche, l’enseignement et la formation professionnelle sont conçus comme des services et non comme des fins autoréférentielles ; ils sont ordonnés à la construction d’une société plus humaine, plus juste et plus ouverte à la transcendance, où la connaissance demeure toujours au service de la personne.

En célébrant soixante années d’existence, l’Université catholique bolivienne est appelée à regarder avec gratitude le chemin parcouru et à renouveler avec courage son engagement envers cette mission. Dans un contexte culturel marqué par la fragmentation du savoir, le relativisme et l’instrumentalisation de la connaissance, Veritas in Caritate demeure un critère de discernement académique et pastoral ainsi qu’un programme exigeant pour l’avenir, dans lequel vous êtes appelés à être « lumière du monde ».

En confiant à l’intercession maternelle de la Très Sainte Vierge Marie, Trône de la Sagesse, le travail académique, formatif et communautaire de cette université, je vous accorde de tout cœur la Bénédiction apostolique avec affection et gratitude.

Vatican, le 19 février 2026.

LÉON XIV »

Source Vatican

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