Fondée en 1981 par le père Patrick Giros, prêtre du diocèse de Paris et sociologue, Aux captifs, la libération accompagne depuis quarante-cinq ans des personnes sans domicile, en très grande précarité ou en situation de prostitution. Samedi 26 septembre, certaines d’entre elles seront à la Maison Bakhita pour rencontrer Léon XIV, aux côtés de personnes exilées et de jeunes porteurs de handicap d’À Bras Ouverts.
L’œuvre est loin d’être marginale. Selon son bilan, ses équipes ont réalisé en 2025 exactement 72 301 échanges dans la rue ou auprès de personnes en situation de prostitution. Au cours de la même année, 815 personnes ont bénéficié d’un accompagnement régulier. Seize personnes sont sorties durablement de la prostitution dans le cadre d’un Parcours de sortie de prostitution. Dans le seul domaine de la prostitution, l’association fait état d’environ 15 000 rencontres par an, de 500 personnes rencontrées dans la durée, de 400 accompagnées dans leurs démarches sociales et de quelque 850 entretiens de santé annuels. Elle indique accompagner chaque année entre 15 et 20 sorties de prostitution.
Cette action représente désormais une structure importante : en 2025, ses dépenses ont atteint 6,9 millions d’euros, en hausse de 3 % sur un an, dont 85 % consacrés à ses missions sociales. Les ressources proviennent notamment des donateurs, des pouvoirs publics, de partenaires privés, de paroisses et de fondations.
À première vue, la communication actuelle des « Captifs » emprunte largement le vocabulaire classique de l’action sociale : précarité, accompagnement psychologique, insertion, santé, hébergement, prostitution ou respect de la liberté de conscience. L’association a également signé le contrat d’engagement républicain prévu par la loi de 2021. Mais cette présentation ne dit pas tout de son identité. Aux captifs, la libération se définit toujours explicitement comme une association catholique . Son nom est tiré d’Isaïe 61, repris par le Christ dans l’Évangile selon saint Luc : « annoncer aux captifs leur libération ». L’association va plus loin en affirmant que « seul le Christ est le véritable libérateur ».
C’était précisément l’intuition du père Patrick Giros. En 1981, il veut à la fois « réinventer le travail social » et « lutter contre l’injustice spirituelle ». Il développe les « tournées-rue », effectuées à mains nues, sans distribution systématique de nourriture ou de vêtements, afin de privilégier d’abord la rencontre. Il crée également les « prières-rue » pour ouvrir les églises aux personnes rencontrées. Les premiers salariés arrivent en 1990. Patrick Giros meurt en 2002. La dimension spirituelle demeure aujourd’hui inscrite dans le fonctionnement de l’œuvre. Certaines antennes organisent encore des « prières-rue » : celle de Sainte-Jeanne-de-Chantal, dans le XVIe arrondissement, en propose par exemple une chaque mois. Les personnes accompagnées peuvent également bénéficier d’un accompagnement spirituel.
Depuis le 1er septembre 2026, le père Geoffroy de Talhouët est l’aumônier des Captifs. L’association affirme encore fonder son action sur l’anthropologie chrétienne et la doctrine sociale de l’Église, tout en accueillant chacun indépendamment de ses croyances. La rencontre du 26 septembre prend ainsi une dimension particulière. À la Maison Bakhita, Léon XIV ne rencontrera pas seulement les bénéficiaires d’un dispositif social. Il retrouvera une œuvre née dans l’Église de Paris qui, quarante-cinq ans après sa fondation, continue d’affirmer que la libération de l’homme ne peut être seulement matérielle : « seul le Christ est le véritable libérateur ».


