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Les apprentis sorciers du génome : jusqu’où ira la fabrication de l’enfant parfait ?

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Présentée comme une avancée majeure de la médecine génétique, une nouvelle technique d’édition de l’ADN sur des embryons humains suscite pourtant de profondes interrogations. Derrière la promesse de guérir certaines maladies se profile aussi le risque d’une sélection toujours plus poussée de l’être humain, au mépris de sa dignité

Une équipe de chercheurs de l’Université Columbia a récemment annoncé avoir franchi une nouvelle étape dans la modification génétique des embryons humains. Grâce à une technique appelée « édition de base » (base editing), les scientifiques affirment être parvenus à corriger certaines séquences d’ADN sans provoquer les importantes altérations chromosomiques souvent associées à la méthode CRISPR-Cas9. L’objectif affiché est louable : réparer des mutations génétiques susceptibles d’être à l’origine de maladies graves. Les chercheurs assurent ainsi avoir modifié avec succès deux gènes impliqués notamment dans la régulation du cholestérol et la production d’hémoglobine. Selon leurs conclusions, les effets secondaires auraient été considérablement réduits.

Pourtant, derrière les communiqués enthousiastes et les promesses d’une médecine toujours plus performante, les questions éthiques demeurent entières. La première concerne l’origine même de ces expérimentations. Les embryons utilisés ont été obtenus par fécondation in vitro puis détruits à l’issue des recherches. Pour l’Église catholique, la dignité de l’être humain existe dès sa conception. L’embryon n’est pas un simple matériau biologique destiné à l’expérimentation mais une personne humaine à son premier stade de développement.

Dans l’instruction Congrégation pour la doctrine de la foi publiée en 2008, l’Église rappelle que « l’être humain doit être respecté et traité comme une personne dès sa conception ». Dès lors, toute recherche impliquant la destruction d’embryons humains est considérée comme moralement inacceptable, quels que soient les bénéfices scientifiques espérés.

Une autre inquiétude réside dans la logique même de ces manipulations génétiques. Aujourd’hui, il s’agit officiellement de prévenir certaines maladies. Demain, qu’est-ce qui empêchera de sélectionner ou de modifier des caractéristiques physiques ou intellectuelles ? La frontière entre thérapie et amélioration de l’être humain apparaît de plus en plus fragile. Cette perspective n’est plus seulement théorique. Certains acteurs du secteur des biotechnologies affirment déjà pouvoir prédire chez les embryons des caractéristiques telles que la taille future ou certaines aptitudes cognitives. Même si ces promesses demeurent scientifiquement contestées, elles révèlent une tentation bien réelle : celle de fabriquer l’enfant désiré plutôt que d’accueillir l’enfant reçu.

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L’Église met en garde depuis longtemps contre cette dérive eugéniste. Dans l’encyclique Evangelium Vitae, saint Jean-Paul II dénonçait déjà une culture qui tend à mesurer la valeur d’une vie humaine à ses performances, à sa santé ou à son utilité sociale. Sur le plan scientifique lui-même, les certitudes affichées paraissent prématurées. L’étude n’a pas encore été évaluée par la communauté scientifique et plusieurs limites techniques demeurent. Les chercheurs reconnaissent notamment l’existence de phénomènes de mosaïcisme, où certaines cellules sont corrigées tandis que d’autres ne le sont pas. Des erreurs génétiques résiduelles ont également été observées.

Au-delà du débat technique, la question fondamentale demeure : l’homme doit-il disposer d’un pouvoir toujours plus grand sur la vie humaine naissante ? À mesure que progresse la maîtrise du génome, la tentation grandit de considérer l’enfant comme un projet à optimiser plutôt que comme un don à accueillir. Sous couvert de progrès médical, c’est peut-être une transformation beaucoup plus profonde de notre rapport à la vie qui se dessine. Une évolution devant laquelle l’Église continue de rappeler que tout progrès scientifique authentique doit rester au service de la personne humaine et jamais l’inverse.

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