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Messe de Léon XIV à la Concorde : déjà des députés s’agacent au « nom de la laïcité »

Léon XIV ( Depositphotos) - Alexis Corbière ( Wikipedia)
Léon XIV ( Depositphotos) - Alexis Corbière ( Wikipedia)
Le député Alexis Corbière s’agace que l’Assemblée nationale organise l’accès des députés qui souhaitent y assister : souhaitons que les centaines de milliers de Français attendus dans les rues de Paris pour la venue du pape risquent, eux aussi, d’en agacer plus d’un…

Il aura donc suffi d’un message du protocole de l’Assemblée nationale pour que la venue de Léon XIV réveille l’un des débats préférés de la vie politique française : la laïcité. Alexis Corbière a fait connaître son agacement sur X. « À l’occasion de la venue du Pape le 26 sept à Paris, l’Assemblée nationale informe les députés que s’ils veulent participer à la messe Pl. de la Concorde, il faut écrire au protocole de l’AN avant le 25 août », rapporte le député. Et de conclure : « Leon XIV est bienvenu, mais cette méconnaissance de la laïcité m’agace. »

À lire ces quelques lignes, on pourrait presque croire que l’Assemblée nationale vient d’instaurer une messe obligatoire pour les parlementaires. Il n’en est évidemment rien. La note interne évoquée par Alexis Corbière n’est pas publiquement accessible à ce stade. Mais selon les termes mêmes rapportés par le député, l’Assemblée ne demande nullement aux parlementaires d’assister à la messe. Elle informe ceux qui souhaitent y participer qu’ils doivent se signaler auprès du protocole avant le 25 août. Une organisation assez banale lorsqu’un événement exceptionnel réunissant de très nombreuses personnalités et nécessitant d’importantes mesures de sécurité est annoncé dans la capitale.

Reste donc à comprendre où se situerait précisément la « méconnaissance de la laïcité ».

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La loi du 9 décembre 1905 impose la séparation des Églises et de l’État et la neutralité de la puissance publique. Elle n’impose pas aux élus de disparaître dès qu’apparaît une soutane, une synagogue, un temple ou une cérémonie religieuse. Assister officiellement à un événement cultuel n’équivaut ni à adhérer à la religion concernée ni à la promouvoir au nom de la République. La position d’Alexis Corbière a au moins le mérite de la constance. Le 4 février 2021, lors de l’examen du projet de loi confortant le respect des principes de la République, il avait défendu un amendement visant précisément à interdire aux personnes investies d’un mandat électif public d’assister, dans l’exercice de leurs fonctions, à une cérémonie religieuse, sauf circonstances exceptionnelles. Les députés avaient rejeté cet amendement.

Cinq ans plus tard, le débat revient donc par la porte de la place de la Concorde. Avec une différence importante : il ne s’agit même pas ici d’imposer une représentation officielle de l’Assemblée à la messe, mais, si l’on s’en tient au message rapporté, d’organiser l’accès des députés qui désirent personnellement y assister.

Le cas de Léon XIV présente en outre une singularité difficile à évacuer : le pape n’est pas seulement le chef spirituel de plus d’un milliard de catholiques. Il est aussi le souverain de l’État de la Cité du Vatican. Sa venue en France comporte donc une dimension religieuse, pastorale, diplomatique et institutionnelle.

Il existe finalement deux conceptions que le débat français confond régulièrement. La laïcité peut être comprise comme la neutralité de l’État permettant aux religions d’exister librement dans l’espace public. Elle peut aussi être transformée en une forme de mise à distance systématique du religieux, comme si la neutralité exigeait son invisibilité. La première est inscrite dans notre droit. La seconde relève d’un choix politique. Les députés qui le souhaitent iront donc à la messe de Léon XIV. Ceux qui ne le souhaitent pas n’iront pas. Voilà peut-être, finalement, une assez bonne définition de la liberté de conscience.

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