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« Natalia, procureure autoproclamée de l’Eglise » : la haine comme unique moteur

Pieta de Michel Ange- Depositphotos
Pieta de Michel Ange- Depositphotos
L'affaire récente de la Famille Missionnaire de Notre-Dame a une nouvelle fois révélé un phénomène qui s'étend dans certains milieux catholiques : la dénonciation permanente. Au nom de la vérité, de la transparence et de la lutte contre les abus, tout devient matière à déconstruction

Par Philippe Marie

L’Église catholique a toujours eu besoin de vigies. Elle a toujours eu besoin de voix capables de dénoncer les abus, de rappeler les exigences de la vérité et de défendre les victimes lorsque certaines autorités préféraient détourner le regard. Mais une autre figure est apparue ces dernières années : celle du procureur accusateur permanent, et la journaliste Natalia T. s’est arrogée ce titre.

À l’entendre, l’Église serait devenue un immense champ de ruines où se cacheraient derrière chaque soutane, chaque communauté religieuse, chaque œuvre apostolique et chaque mouvement spirituel des mécanismes d’emprise, des manipulations ou des dérives plus ou moins dissimulées. Tout devient suspect. Les communautés nouvelles sont suspectes. Les fondateurs sont suspects. Les évêques sont suspects. Les influenceurs catholiques sont suspects. Les prêtres sont suspects. Les religieux sont suspects. À force, le soupçon cesse d’être un outil de discernement pour devenir une vision du monde.

Bien sûr, certaines communautés ont connu de véritables dérives. Bien sûr, les victimes doivent être écoutées et la vérité recherchée. Nul ne le conteste. Mais il existe une différence fondamentale entre rechercher la vérité et construire systématiquement des récits à charge.

Nous n’entrerons même pas ici dans le détail canonique de certains dossiers récents. L’exercice est devenu trop prévisible. Quelques extraits soigneusement sélectionnés, quelques témoignages retenus plutôt que d’autres, quelques remarques sorties de leur contexte, quelques commentaires ironiques, et la machine se met en marche.Les débats récents autour de la Famille Missionnaire de Notre-Dame illustrent d’ailleurs cette dérive. À lire certains commentaires, il ne reste plus rien des décennies de vie religieuse, d’apostolat, de fidélité ecclésiale ou de fruits spirituels. Tout est relu à travers le prisme exclusif du soupçon. Comme si l’objectif n’était plus de discerner avec justice mais de démontrer coûte que coûte qu’une réalité ecclésiale est forcément plus sombre qu’elle ne paraît.

Ce qui devrait relever d’une enquête équilibrée devient alors un réquisitoire. Le problème n’est pas la critique. Le problème est l’absence de mesure. Car tout y passe. La moindre maladresse devient une affaire. Le moindre dysfonctionnement devient un scandale. La moindre ambiguïté devient une preuve. Tout est interprété dans le sens le plus défavorable possible. Une telle méthode finit par produire un climat délétère dans lequel chacun peut devenir la prochaine cible.

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À force d’enquêter sur tout et surtout sur tout ce qui dérange leur vision particulière du catholicisme, certains finissent par fouiller les moindres détails de la vie des personnes, traquer les incohérences, rechercher les failles et construire des polémiques à partir d’éléments parfois dérisoires. Quelques phrases sorties de leur contexte, quelques captures d’écran, quelques détails administratifs ou canoniques suffisent alors à alimenter une nouvelle accusation publique. Autour de cette logique s’est d’ailleurs constitué un petit univers numérique où les mêmes personnes se relaient pour commenter, partager, amplifier et valider les mêmes polémiques. Une forme d’entre-soi idéologique où l’on retrouve toujours les mêmes analyses, les mêmes indignations et souvent les mêmes conclusions.

L’ironie y tient une place centrale. On ne se contente plus d’informer. On ridiculise. On déconstruit. On fragilise. On expose. On discrédite. Sous couvert de faire la lumière, on finit parfois par donner le sentiment de prendre plaisir à voir tomber ceux qui servent l’Église. l’Église n’est pas seulement constituée de scandales et de rapports d’enquête. Elle est aussi faite de prêtres fidèles qui donnent leur vie dans le silence. De religieux qui servent les pauvres. De familles chrétiennes qui transmettent la foi. De missionnaires qui annoncent l’Évangile. De conversions. De vocations. De saints. Cette réalité existe encore et c’est le vrai visage de l’Eglise. L’Église du Christ n’a jamais été une assemblée de parfaits. Elle était déjà composée de pécheurs autour des apôtres. Elle a toujours porté en elle des fragilités humaines que la grâce ne cesse de relever. Vouloir construire une Eglise fondée sur une certaine vision idéologique du monde c’est renier le message du Christ.

Droit de réponse de Natalia TROUILLER

« D’emblée, il convient de dénoncer le manquement élémentaire aux
principes de la déontologie journalistique qui a présidé à la rédaction de cet
article :à aucun moment la position de Madame Trouiller n’a été recueillie
avant publication.
Ce procédé, visant à bâtir un article uniquement à charge, sur une
professionnelle sans lui permettre d’apporter sa contradiction, est révélateur
du parti-pris de votre tribune.
Le travail de Madame TROUILLER sur l’affaire de la Famille Missionnaire
de Notre-Dame (FMND) repose sur une analyse rigoureuse, documentée et
argumentée en droit canonique, qui n’a pas été démentie à ce jour.

Alors que vous l’accusez d’utiliser des « extraits soigneusement sélectionnés
» pour construire un « récit à charge », Madame TROUILLER a au
contraire rendu publics des documents essentiels, tels que les Constitutions
de 2015 de l’institut, afin de permettre un débat transparent.Son analyse
technique s’appuie sur des références précises au Code de Droit Canonique
(CIC), notamment :
– «La protection du for interne» (conscience personnelle), en dénonçant
les articles des Constitutions (art. 28 et 29) qui imposent une « ouverture »
aux supérieurs susceptible d’induire un contrôle des consciences interdit par
les canons 220 et 630 -5.
– «La liberté de direction spirituelle», soulignant le risque de confusion
des fors lorsque les directeurs sont hiérarchiquement liés aux supérieurs
(canons 630 et 991).
– «l’organisation du gouvernement» en pointant l’absence de statut
canonique clair pour le binôme « Père et Mère », là où le canon 596
attribue l’autorité à une personne précise.
Il est regrettable de constater que la dénonciation de dysfonctionnements
institutionnels et de mécanismes d’emprise — qualifiés par ailleurs de «
graves » par certains visiteurs apostoliques— suscite des réactions
corporatistes excessives.
L’Église, comme toute institution humaine, comporte des fragilités. Occulter
les dérives sous couvert de défense de l’institution est de nature à favoriser
le renouvellement de situations douloureuses pour les victimes.
Le travail de Madame TROUILLER, loin de l’ironie gratuite qu’on lui prête,
vise précisément à replacer la vie religieuse dans le cadre du droit pour en
garantir la justesse et la liberté réelle ».

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