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Pape Léon XIV : « Nous avons besoin de vous, écrire a quelque chose à voir avec Dieu »

Léon XIV - Depositphotos
Léon XIV - Depositphotos
À l’occasion du centenaire de la Librairie éditrice vaticane, fondée en 1926, le pape Léon XIV a reçu le 24 juin à Rome un groupe d’écrivains venus du monde entier. le Souverain Pontife a développé une véritable théologie de l’écriture, présentée comme une quête de vérité, un exercice d’humanité et même un lieu privilégié de rencontre avec Dieu

En quelques pages, le Saint-Père a proposé une réflexion qui touche à l’anthropologie, à la culture, à la théologie de la Révélation et à la crise contemporaine du rapport à la vérité : « Écrire, de la manière dont vous le faites, est un acte de vérité, un dévoilement », a déclaré le pape. Une affirmation qui prend une résonance particulière dans une époque marquée par la prolifération des récits concurrents, des vérités subjectives et de l’information instantanée. Léon XIV rappelle que l’écriture authentique ne consiste pas à fabriquer un discours, mais à révéler quelque chose de la réalité humaine.

Le pape a cité sa propre encyclique Magnifica Humanitas : « La vérité n’est pas un territoire à défendre, mais un bien à partager. » Une formule qui résume l’un des enjeux majeurs de notre temps. Dans une société souvent enfermée dans des logiques d’affrontement idéologique, la vérité tend à devenir un instrument de pouvoir. À l’inverse, la tradition chrétienne la considère comme une réalité qui précède l’homme et à laquelle celui-ci est appelé à se conformer humblement. Léon XIV a ensuite souligné la dimension profondément humaine de la littérature. Reprenant une réflexion du pape François sur le rôle formateur des œuvres littéraires, il a rappelé que la lecture permet de « voir à travers les yeux des autres ». À travers les personnages, les histoires et les drames humains, l’écrivain offre au lecteur une expérience d’empathie qui élargit son regard sur le monde.

Cette intuition possède aujourd’hui une portée sociologique considérable. Dans des sociétés fragmentées, où les individus vivent souvent dans des univers culturels séparés, la littérature demeure l’un des rares espaces capables de recréer une expérience commune de l’humanité. Elle permet de sortir de soi-même sans renoncer à son identité. Mais c’est dans la dernière partie de son intervention que Léon XIV a atteint la dimension la plus élevée de sa réflexion. « Écrire a quelque chose à voir avec Dieu », a-t-il affirmé.

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La formule pourrait surprendre. Pourtant, elle s’enracine dans une vision profondément biblique. Le Dieu de l’Écriture se révèle à travers des histoires, des rencontres, des visages et des événements. La Révélation elle-même prend la forme d’un récit. Dès lors, toute recherche sincère sur l’amour, la justice, la liberté ou la souffrance devient, d’une certaine manière, une approche du mystère de Dieu : « Lorsque nous allons au plus profond de notre humanité, nous ne sommes pas loin de Dieu », a expliqué le pape.

Cette conviction constitue sans doute l’un des grands messages de son pontificat naissant. Face aux tentations du matérialisme et du technicisme, Léon XIV réaffirme que l’homme ne se comprend pleinement qu’en découvrant que son désir de vérité, de beauté et de sens ouvre naturellement vers la transcendance. À une époque où l’intelligence artificielle produit des textes à une vitesse inédite, le pape rappelle ainsi que l’écriture authentique demeure d’abord un acte spirituel. Elle naît d’une conscience, d’une liberté et d’une rencontre avec le réel. C’est précisément pour cette raison qu’elle peut encore conduire l’homme jusqu’à Dieu.

Intégralité du texte traduit par Tribune Chrétienne

« Audience à un groupe d’écrivains à l’occasion du centenaire de la Librairie éditrice vaticane, 24 juin 2026.Ce matin, dans la salle attenante à l’Aula Paul VI, le Saint-Père Léon XIV a reçu en audience un groupe d’écrivains et d’écrivaines à l’occasion du centenaire de la naissance de la Librairie éditrice vaticane.

Nous publions ci-dessous le discours que le pape a adressé aux participants lors de cette rencontre :

« Bonjour à tous et bienvenue !

Je suis heureux de vous accueillir, écrivains et écrivaines venus de nombreuses régions du monde, réunis à Rome à l’occasion du centenaire de la naissance de la Librairie éditrice vaticane, la maison d’édition du Saint-Siège, fondée en 1926.

Cette circonstance est propice pour réfléchir à l’importance du livre et de l’écriture, une forme d’expression humaine dont vous êtes, par la diversité de vos styles et de vos langages, des maîtres et des modèles.

Écrire, de la manière dont vous le faites, est un acte de vérité, un dévoilement. Écrire dit qui nous sommes, ce en quoi nous croyons et espérons, le monde vers lequel nous tendons, l’avenir que nous rêvons. Dans cette tension vers le vrai, nous percevons combien la vérité est discrète, combien elle s’offre à nous dans le dialogue intérieur avec Dieu et dans le dialogue ouvert et respectueux avec le prochain. « La vérité n’est pas un territoire à défendre, mais un bien à partager » (Magnifica Humanitas, 25). Nous ne sommes jamais les maîtres de la vérité, c’est plutôt elle qui nous conquiert. C’est pourquoi je vous souhaite d’être capables de susciter l’attrait pour la vérité, parce que vous êtes vous-mêmes attirés par elle.

Écrire est également un geste d’humanité. « Je suis un être humain et rien de ce qui est humain ne m’est étranger », affirmait Térence (L’Autotimorouménos, I, 1, 25). Toute l’étendue de l’expérience humaine se déploie dans la littérature, à tel point que le pape François en a recommandé la valeur formatrice : « En lisant un texte littéraire, nous sommes mis en condition de “voir à travers les yeux des autres” (C.S. Lewis), acquérant ainsi une largeur de perspective qui élargit notre humanité. Se met alors en œuvre en nous le pouvoir empathique de l’imagination, véhicule fondamental de cette capacité à s’identifier au point de vue, à la condition et au ressenti d’autrui, sans laquelle il ne peut y avoir solidarité, partage, compassion ni miséricorde » (Lettre sur le rôle de la littérature dans la formation, 34).

Lorsque vous écrivez des histoires et façonnez vos personnages, vous vous identifiez à eux, vous saisissez leurs points de vue, leurs émotions, leurs sentiments, leurs attitudes. C’est là le grand exercice d’humanité que vous faites vivre aux lecteurs, car celui qui lit vit, d’une certaine manière, de nombreuses vies au-delà de la sienne. Cela nous aide à découvrir la diversité des points de vue, à ne pas absolutiser le nôtre et à composer, comme dans une mosaïque, le visage de cette vérité qui nous dépasse toujours.

Enfin, écrire a quelque chose à voir avec Dieu. Cela peut sembler audacieux de l’affirmer, mais plusieurs théologiens ont réfléchi et écrit sur l’harmonie qui existe entre l’acte d’écrire et la révélation du Dieu biblique. La structure même de la Révélation nous y autorise : « Pour les chrétiens, écrivait le cardinal Radcliffe, rien de ce qui est humain n’est étranger au Christ. Toute tentative de répondre aux questions fondamentales de notre vie, comment aimer, être juste, être libre, affronter la souffrance et la mort, nous aide à comprendre le Christ, celui qui est le plus humain de tous » (T. Radcliffe, Allumer l’imagination, Vérone, 2021, p. 29).

Lorsque nous allons au plus profond de notre humanité, nous ne sommes pas loin de Dieu : c’est là, au cœur d’histoires profondément humaines, que Dieu se révèle. Le Dieu de la Bible se manifeste dans la libération de l’esclavage, dans la naissance inespérée d’un enfant, dans l’amour miséricordieux et fidèle. Il parle à travers des événements et des rencontres, des visages et des histoires. « Dieu agit dans notre vie à travers ce que nous faisons et ce que nous sommes, ainsi qu’à travers les nombreuses personnes que nous rencontrons » (Libres sous la grâce, Cité du Vatican, 2026, p. 83).

C’est pourquoi je vous répète, à vous écrivains et écrivaines, ce que saint Paul VI disait à tous les artistes : nous avons besoin de vous, de votre imagination, de votre créativité narrative, de la vivacité de votre pensée. Nous avons besoin de vous pour créer des espaces de liberté et d’authenticité, dans lesquels la grâce divine puisse faire résonner une promesse de consolation et de paix. Je vous remercie pour toutes les fois où vous avez semé des graines de réconciliation, de rencontre et d’amitié.

C’est pourquoi je vous encourage dans votre travail et j’invoque volontiers sur vous et sur vos proches la bénédiction du Seigneur.

Merci !« 

Source Vatican

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