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[ Loi sur Euthanasie ] Assemblée Nationale : entre malaise et incohérence, les parlementaires retirent aux médecins le geste létal

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Une décision qui met en lumière les profondes interrogations éthiques entourant le texte

Les débats sur la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir ont connu un rebondissement majeur dans la soirée du 23 juin à l’Assemblée nationale. Lors de l’examen de l’article 2 du texte, les députés ont adopté un amendement excluant les médecins de l’administration de la substance létale lorsqu’un patient n’est pas en mesure d’accomplir lui-même le geste. Jusqu’à présent, le dispositif prévoyait que, dans une telle situation, la substance puisse être administrée par « un médecin ou un infirmier ». L’amendement adopté supprime la référence au médecin, laissant uniquement la possibilité d’une intervention infirmière.

Cette modification a immédiatement suscité de vives réactions dans l’hémicycle. Plusieurs parlementaires favorables au texte ont dénoncé une remise en cause de son équilibre général et demandé un réexamen de la disposition. Malgré ce vote inattendu, l’article 2 a finalement été adopté par 124 voix contre 102. Les auteurs de l’amendement justifient leur démarche par une référence explicite au serment d’Hippocrate. Dans l’exposé des motifs, ils affirment vouloir exclure les médecins de l’administration de la substance létale au motif que leur mission première demeure de soigner et non de provoquer la mort.

Le vote soulève une question qui traverse l’ensemble du débat sur l’euthanasie et le suicide assisté. Depuis le début des discussions parlementaires, les promoteurs du texte présentent l’aide à mourir comme un acte médical strictement encadré. Le médecin est au cœur du dispositif : il évalue la demande, vérifie les conditions légales, s’assure de la liberté du consentement et valide l’accès à la procédure. Pourtant, lorsque se pose la question de l’administration effective de la substance létale, une majorité de députés a estimé que le médecin ne devait pas être celui qui accomplit cet acte.

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Cette apparente contradiction n’a pas échappé aux observateurs du débat. Si l’aide à mourir relève pleinement du champ médical, pourquoi écarter précisément les médecins de son exécution ? À l’inverse, si cet acte est jugé incompatible avec la vocation médicale traditionnelle, peut-il encore être présenté comme un soin ?

Au-delà de la technique législative, le vote révèle une interrogation plus profonde sur la nature même de la médecine. La mission du médecin consiste-t-elle uniquement à guérir, soulager et accompagner, ou peut-elle inclure l’administration volontaire d’un produit destiné à provoquer la mort ?Les débats doivent désormais se poursuivre avant le vote solennel prévu le 30 juin. Le texte sera ensuite transmis au Sénat avant de revenir à l’Assemblée nationale pour son adoption définitive, attendue à la mi-juillet. Une chose est certaine : cette séquence parlementaire a mis en évidence les hésitations qui demeurent au sein même de la représentation nationale. Car au moment de confier à un professionnel de santé le geste qui provoque la mort, une question continue de diviser les députés : celle de savoir si cet acte relève encore de la médecine ou s’il en marque au contraire une rupture fondamentale.

Sources : Assemblée nationale, proposition de loi relative à l’aide à mourir ; amendements examinés sur l’article 2 ; débats parlementaires des 23 et 24 juin 2026.

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