À 94 ans, le cardinal Joseph Zen reste engagé dans une bataille judiciaire commencée il y a plusieurs années. Jeudi 3 septembre, la Cour d’appel de Hong Kong a rejeté le recours de l’ancien évêque du territoire et de quatre autres personnalités, confirmant ainsi leur condamnation prononcée en 2022. Il ne s’agit donc pas d’une nouvelle peine, mais de la confirmation du jugement initial. Le dossier concerne le « 612 Humanitarian Relief Fund », créé pendant la contestation qui avait secoué Hong Kong en 2019. Le fonds apportait notamment une aide financière pour les frais juridiques et médicaux de personnes arrêtées lors des manifestations. Il a cessé ses activités en octobre 2021.
Aux côtés du cardinal Zen figuraient parmi ses administrateurs l’avocate et ancienne députée Margaret Ng, la chanteuse Denise Ho, l’universitaire Hui Po-keung et l’ancienne parlementaire Cyd Ho. En novembre 2022, tous les cinq avaient été reconnus coupables de ne pas avoir enregistré le fonds comme « société » conformément à la législation hongkongaise. Ils avaient été condamnés chacun à une amende de 4 000 dollars de Hong Kong, soit environ 440 euros. La Cour d’appel vient de confirmer cette interprétation. Les juges considèrent que le fonds constituait bien une organisation poursuivant des objectifs communs et disposant d’une structure lui permettant notamment de décider de l’utilisation des dons. À ce titre, il aurait dû être enregistré auprès des autorités.
Derrière cette infraction administrative se trouve cependant un dossier politiquement beaucoup plus sensible.
Le cardinal Zen et plusieurs responsables du fonds avaient initialement été arrêtés en mai 2022 par la police chargée de la sécurité nationale, sur des soupçons de « collusion avec des forces étrangères ». Mais la condamnation aujourd’hui confirmée n’a pas été prononcée au titre de la loi sur la sécurité nationale imposée à Hong Kong en 2020. Elle porte exclusivement sur le défaut d’enregistrement du fonds. Cette distinction juridique est essentielle. Elle ne peut cependant être séparée du contexte politique dans lequel l’affaire se déroule. Depuis les gigantesques manifestations de 2019 et l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale, l’espace laissé à l’opposition et aux organisations de la société civile s’est considérablement réduit à Hong Kong.
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Le cardinal Zen occupe une place singulière dans ce paysage. Évêque de Hong Kong de 2002 à 2009 et créé cardinal par Benoît XVI en 2006, il est depuis longtemps l’une des voix catholiques les plus critiques envers Pékin. Il a également exprimé à plusieurs reprises ses profondes réserves envers l’accord entre le Saint-Siège et la Chine sur la nomination des évêques. Sa crainte : que les catholiques chinois demeurés fidèles à Rome tout en refusant de se soumettre aux structures contrôlées par le pouvoir soient progressivement marginalisés. Le jugement du 3 septembre ne met d’ailleurs pas un terme à l’affaire. À la sortie du tribunal, Margaret Ng a annoncé que les cinq intéressés entendaient saisir la Cour d’appel final, la plus haute juridiction de Hong Kong.
L’avocate a insisté sur la portée du jugement au-delà de leur seul cas : « Ce jugement ne concerne pas seulement le 612 Humanitarian Relief Fund. Il concerne tout le monde à Hong Kong. »
Les requérants contestent notamment l’interprétation particulièrement large de la notion de « société » susceptible d’être soumise à une obligation d’enregistrement.L’affaire intervient alors que la pression judiciaire demeure forte sur les figures de l’ancien mouvement démocratique hongkongais. Pour le cardinal Zen, l’enjeu dépasse depuis longtemps les quelques centaines d’euros d’amende prononcés contre lui.
À 94 ans, le prélat demeure ainsi au cœur d’un affrontement qui touche à la liberté d’association, à l’avenir des libertés publiques à Hong Kong et, en arrière-plan, à la situation particulièrement délicate des catholiques face au pouvoir chinois. Son recours annoncé devant la plus haute juridiction du territoire ouvre désormais un nouveau chapitre.


