Par Marie Brousseau*

Traditionnellement, les croyants sont autorisés à adorer Dieu en se réunissant dans des lieux de culte tels que des églises, des synagogues et des mosquées. Cela étant dit, nous ne laissons pas notre foi à la porte une fois les offices religieux terminés. Nous devrions être libres d’exprimer notre religion dans la sphère publique, sans nuire à quiconque, sans imposer nos convictions et sans jamais forcer qui que ce soit à adhérer à notre religion. En ce moment, les Chrétiens sont à risque de perdre ce droit précieux.
La liberté de religion devrait toujours être protégée, car la foi est un don de Dieu, et non d’une entité gouvernementale. C’est là que réside la beauté de la liberté de religion : elle fait partie intégrante du droit de s’exprimer. Elle va de pair avec la liberté d’expression.
Certains pays, comme le Canada, érodent progressivement et consciencieusement les libertés de leurs propres citoyens, en particulier lorsqu’il s’agit d’exprimer leur désaccord sur des questions qui vont à l’encontre de leurs convictions religieuses. Le projet de loi canadienne C-9 , qui est désormais inscrit dans la loi depuis le 17 juin 2026, compromet la capacité d’exprimer son opposition à l’avortement, à l’euthanasie, aux chirurgies de transition de genre pour les mineurs, au mariage homosexuel ou à toute autre question contraire à l’enseignement chrétien. La raison invoquée par le gouvernement est la notion très large de « discours haineux », qui considère les opinions et les croyances fondées sur la religion comme non conformes à la « loi sur la haine ». Cela étouffe effectivement toute voix dissidente et compromet un débat honnête.
Le cardinal Frank Leo ne s’y était pas trompé. Le 27 mars 2026, dans une lettre ouverte adressée aux sénateurs du Canada avant l’adoption du projet de loi, l’archevêque de Toronto expliquait être tout à fait d’accord avec des « recommandations réfléchies » afin de « garantir que la loi s’attaque efficacement à la malveillance de la haine », mais qu’il était essentiel de « protéger consciencieusement certaines libertés fondamentales auxquelles les Canadiens sont attachés » et il ajoutait « Malheureusement, dans sa forme actuelle, la loi ne répond manifestement pas de manière adéquate à ces graves préoccupations. » et de conclure, tout en souhaitant œuvrer « à l’élimination de toutes les paroles et de tous les actes de haine, que cela ne devrait pas se faire au prix de l’affaiblissement ou de la suppression des libertés civiles fondamentales ».
Le prélat exhortait les sénateurs à adopter « des amendements qui offriront une protection claire et sans équivoque de la liberté de religion, de conscience et d’expression », rappelant que « ces droits sont fondamentaux pour la société démocratique du Canada ». Triste à dire, cette loi a été adoptée malgré les efforts du prélat et des partisans de la liberté religieuse au Canada.

Déjà en 2019, la Conférence des évêques du Canada rappelait qu’il est impossible « de traiter de la persécution sans nommer ceux qui la pratiquent… les gouvernements (communistes ou autoritaires), les autres confessions religieuses (comme l’islam radical) ou encore les mouvements ultranationalistes ». Les évêques ajoutaient : « Notre situation au Canada est bien différente de celles de nos frères et sœurs persécutés dans le monde. Mais nous sommes nombreux à nous sentir mal à l’aise dans un monde où la religion occupe de moins en moins de place dans la sphère publique. »
Cependant au Canada la liberté de religion et la liberté d’expression vont de pair : c’est le gouvernement qui décide de ce qui constitue un discours haineux. Cela signifie que le fait d’exprimer son désaccord pour des motifs religieux ne serait pas accepté.
Rappelons que Marie-Claude Lalonde, directrice nationale d’AED Canada (Aide à l’Église en Détresse) a indiqué qu’il y a un refus d’inclure la religion dans le discours public, parce que la religion en général est perçue comme un privilège plutôt que comme un droit fondamental. Il existe donc également une volonté politique de promouvoir la laïcité, fondée sur l’athéisme et l’interdiction de la religion en tant que telle, particulièrement au Québec.
C’est clairement une remise en cause du droit divin à la liberté religieuse et une véritable persécution moderne des Chrétiens
En conclusion, soyons conscients que dès que les gouvernements s’en prennent à l’une de nos libertés, ils finiront par s’en prendre à toutes. Les voix prophétiques du passé nous ont mis en garde, encore et encore. Nous avons maintenant une preuve vivante de ces avertissements. Des entités idéologiques à travers le monde suppriment nos libertés, une à une, sans exception. Soyons doux comme des agneaux, mais sages comme des renards, et élevons la voix, pacifiquement, mais avec vérité, pour défendre les droits que Dieu nous a donnés.
*Marie Brousseau est une enseignante et essayiste canadienne engagée dans la défense de la dignité humaine à la lumière de la foi catholique. Diplômée en biologie et en sciences de l’éducation, elle consacre ses travaux aux grandes questions de société, notamment l’euthanasie, l’avortement et l’identité de genre. Elle est l’auteure de En défense de la dignité humaine : une perspective catholique sur l’identité de genre, l’avortement et le relativisme.
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