L’inquiétude grandit au sein d’une partie de la communauté juive canadienne, au point de traverser désormais la frontière américaine. La National Association of Christian Lawmakers (NACL), qui rassemble des élus et responsables chrétiens aux États-Unis, a demandé au président Donald Trump d’étudier des voies d’entrée accélérées pour les Juifs du Canada confrontés à l’antisémitisme. Dans une lettre adressée à la Maison Blanche, les signataires demandent à l’administration américaine de mobiliser les dispositifs existants en matière d’immigration, d’accueil humanitaire et de visas afin d’établir des procédures « légales, sûres et convenablement accélérées » pour les personnes éligibles et leurs familles.
L’appel ne demande donc pas une ouverture sans contrôle des frontières. Les procédures envisagées conserveraient les vérifications d’identité, d’antécédents judiciaires, de sécurité et d’admissibilité prévues par la législation américaine. Mais la motivation avancée par ces responsables chrétiens est particulièrement forte. Ils décrivent un climat fait de harcèlement, d’intimidations, de vandalisme, de menaces et de violences visant des écoles, des synagogues, des institutions, des commerces et des familles juives au Canada depuis les attaques du 7 octobre 2023. « Ces chiffres représentent davantage que des statistiques », écrivent-ils. Derrière eux se trouvent, expliquent-ils, des familles qui se demandent désormais si elles peuvent encore envoyer leurs enfants dans des écoles juives, pratiquer ouvertement leur religion ou afficher publiquement leur foi en sécurité.
Un chiffre donne surtout une autre dimension à cette initiative : selon les promoteurs du projet, plus de 2 000 Juifs canadiens auraient déjà exprimé leur intérêt pour une installation aux États-Unis en raison de préoccupations concernant leur sécurité. Il s’agit à ce stade d’un chiffre rapporté par les organisations travaillant avec ces familles, et non du décompte d’un programme officiel d’immigration.
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Parmi les signataires figure notamment Sam Brownback, ancien ambassadeur itinérant américain pour la liberté religieuse internationale. Le président de la NACL, Jason Rapert, défend quant à lui une mobilisation explicitement chrétienne en faveur des Juifs confrontés à l’antisémitisme. La lettre résume cette conception de la solidarité religieuse par une formule : « La liberté religieuse doit être davantage qu’un principe que nous proclamons ; elle doit être un principe que nous sommes prêts à défendre. » Les responsables chrétiens rappellent également la vocation historique des États-Unis comme refuge pour ceux qui fuient les persécutions religieuses et demandent que cette porte reste ouverte, dans le respect de la loi et des impératifs de sécurité, à leurs « frères et sœurs juifs » du Canada.
L’Oklahoma s’est déjà positionné. Des responsables juifs et chrétiens de Tulsa se disent disposés à contribuer à l’accueil de familles canadiennes, tandis que le gouverneur Kevin Stitt a fait savoir au président américain que son État était prêt à recevoir légalement des familles juives cherchant sécurité et liberté religieuse. Donald Trump n’a cependant annoncé, à ce stade, aucune création de statut particulier ni de nouveau programme d’accueil. Le président américain a en revanche donné une visibilité considérable à l’initiative en relayant lui-même, le 30 août sur Truth Social, un article consacré à l’appel des responsables chrétiens. Le geste est politiquement significatif, sans valoir encore approbation administrative.
L’initiative prend surtout une dimension singulière par ceux qui la portent : des élus et responsables chrétiens demandent à leur gouvernement de protéger des Juifs d’un autre pays au nom de la liberté religieuse. Au-delà de la politique migratoire américaine, leur appel pose une question plus profonde : lorsque l’antisémitisme conduit des familles à envisager de quitter leur propre pays, la solidarité entre croyants peut-elle encore se limiter aux déclarations de principe ?


