L’attaque a duré plusieurs minutes, transformant une cérémonie funéraire en véritable massacre. Vendredi 23 octobre, des hommes armés ont pris pour cible les fidèles de l’église grecque-orthodoxe Saint-Georges, dans le village de Hammoud, situé dans le gouvernorat de Karak, au sud de la Jordanie. Le bilan s’élève désormais à neuf morts et une quarantaine de blessés, dont 27 étaient encore hospitalisés samedi, selon le ministère jordanien de la Santé.
Selon la chaîne américaine ABC News, des images de vidéosurveillance montrent au moins trois hommes armés arrivant devant l’église avant d’ouvrir le feu. Des témoins évoquent également un quatrième individu qui aurait conduit leur véhicule. Les assaillants ont pris pour cible des familles venues accompagner un défunt dans la prière. Le témoignage recueilli par Associated Press est particulièrement accablant. Saed Al-Halaseh raconte avoir vu trois hommes masqués, munis d’armes automatiques, tirer indistinctement sur les personnes présentes. Selon lui, les assaillants seraient ensuite revenus pour tirer sur des victimes déjà blessées, avant de viser la façade de l’église. Pour survivre, il s’est jeté au sol et a rampé jusqu’à une voiture derrière laquelle il a trouvé refuge. Ces circonstances restent à confirmer par l’enquête.
Dès le 23 octobre, les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem ont publié un communiqué commun d’une fermeté exceptionnelle. Les responsables religieux ne se contentent pas de condamner les violences : ils dénoncent explicitement une attaque contre la communauté chrétienne de Jordanie.
« Prendre pour cible des personnes endeuillées, alors qu’elles élèvent leurs prières dans une maison de Dieu et accompagnent leurs proches vers leur dernière demeure, constitue une violation flagrante de toutes les valeurs religieuses et humaines sacrées. »
Cette condamnation souligne la gravité particulière d’un attentat perpétré dans un lieu consacré à la prière, contre des fidèles accomplissant un devoir de charité envers un défunt.
Mais les patriarches vont plus loin. Ils affirment qu’il s’agit également « d’une attaque contre l’ensemble de la communauté chrétienne du Royaume hachémite de Jordanie », ainsi que contre la coexistence historique entre musulmans et chrétiens dans le pays. En solidarité avec les victimes et le patriarche grec-orthodoxe Théophile III, ils ont demandé que les cloches des églises de la région sonnent samedi 24 octobre à midi. Le Patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem a, de son côté, réaffirmé la détermination des chrétiens à demeurer sur leur terre :
« Nous sommes les enfants de cette terre, ses racines vivantes, et les partenaires de son histoire, de son présent et de son avenir. Nous resterons ici comme témoins de la foi, quelles que soient les difficultés. »
Cette déclaration rappelle une réalité essentielle : les chrétiens de Jordanie ne sont pas une présence étrangère ou récente, mais les héritiers d’une histoire religieuse profondément enracinée dans cette région du Proche-Orient.
Ce dimanche 25 octobre, des milliers de personnes se sont rassemblées à Karak pour rendre hommage aux neuf victimes. Le Premier ministre Jafar Hassan a assisté aux cérémonies dans l’église Saint-Georges, représentant le roi Abdallah II, selon l’agence jordanienne Petra. Le souverain a ordonné une réponse ferme contre les responsables. Le gouvernement attribue l’attentat à une idéologie extrémiste takfiriste, qui justifie la violence contre ceux qu’elle considère comme des mécréants. Aucune organisation terroriste n’a cependant revendiqué l’attaque et les enquêteurs n’ont pas encore établi publiquement d’éventuels liens avec un réseau connu.
Après l’Angélus de ce dimanche, Léon XIV a exprimé sa proximité avec les victimes, leurs familles et la communauté orthodoxe de Jordanie. Le Saint-Père a rappelé l’importance de la coexistence pacifique entre les religions, avant de lancer cet appel : « Continuons ensemble à prier pour la paix ! »
Cette exhortation intervient à deux jours de la commémoration, à Assise, du quarantième anniversaire de la rencontre interreligieuse convoquée par saint Jean-Paul II en 1986. Depuis l’église ensanglantée, le père Yuhanna Hamati a lui aussi livré un message profondément chrétien :
« Notre message, depuis cette église, depuis ce lieu où ce crime horrible a été commis, est un message d’amour, de paix et de réconfort. Un message que nous adressons au monde entier. »
Cette réponse rappelle les paroles du Christ : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (Mt 5, 44). Elle ne diminue en rien l’exigence de justice ni la nécessité de protéger les communautés chrétiennes.


