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Vatican : une conservatrice prend les commandes de la communication, et certains redoutent déjà son arrivée

Maria Montserrat Alvarado et Léon XIV - capture
Maria Montserrat Alvarado et Léon XIV - capture
"Il y aura des grincements de dents au Vatican" témoignent certains en coulisse. Le 1er novembre, Montse Alvarado, catholique conservatrice américaine choisie personnellement par Léon XIV, prendra la tête du Dicastère pour la communication. Une nomination qui pourrait bien bousculer certaines "mauvaises habitudes"

Le compte à rebours a commencé au Palazzo Pio, siège du Dicastère pour la communication du Saint-Siège. Dans une semaine, , 39 ans, succédera à Paolo Ruffini, nommé par François en 2018. Le choix a été fait par Léon XIV lui-même, le 2 juin dernier. Et il ne manque pas d’audace : confier l’ensemble de la communication vaticane à une femme issue d’EWTN, puissant réseau catholique américain dont plusieurs émissions avaient ouvertement critiqué le pontificat précédent.

Mais qui est véritablement cette femme que certains présentent déjà comme une conservatrice susceptible de bouleverser les équilibres de la Curie ?

Née à Mexico et élevée aux États-Unis, Montse Alvarado a construit sa carrière à la rencontre du droit, de la communication et de la défense des convictions religieuses. Pendant quatorze ans, elle a travaillé au Becket Fund for Religious Liberty, organisation américaine spécialisée dans la défense de la liberté religieuse. Elle a notamment participé à des combats juridiques concernant la liberté de conscience des institutions catholiques. Ses convictions ne sont pas un mystère. Engagée dans la défense de la vie humaine, opposée au suicide assisté, elle a également exercé des responsabilités auprès d’organisations catholiques conservatrices, dont l’Acton Institute. Sa conception de la liberté religieuse ne se limite toutefois pas aux catholiques : elle s’étend également aux croyants d’autres confessions.

Son positionnement politique mérite cependant davantage de nuances que ne le suggère l’étiquette de conservatrice. Elle revendique aussi la protection des immigrés, l’aide aux pauvres et une couverture maladie universelle. Elle refuse surtout de subordonner ses convictions catholiques à une appartenance partisane.

Cette personnalité ne correspond donc pas exactement aux catégories politiques américaines traditionnelles. Sa référence première demeure l’enseignement de l’Église. En 2023, elle avait pris la présidence d’EWTN News, supervisant un ensemble international de médias catholiques. Léon XIV a donc choisi une dirigeante expérimentée, habituée aux exigences professionnelles d’un grand réseau d’information, et non une personnalité issue des circuits administratifs du Vatican.

Des habitudes qui pourraient être bousculées

C’est probablement ce qui inquiète certains responsables du dicastère. Car, au-delà des sensibilités personnelles, une question se pose : la communication officielle du Saint-Siège a-t-elle toujours su distinguer la transmission fidèle de la parole pontificale des interprétations idéologiques de certains de ses commentateurs ? Dans la continuité du pontificat de François, des orientations éditoriales et des réflexes institutionnels se sont installés.

Certains commentaires publiés par les médias officiels donnent parfois le sentiment de privilégier une lecture particulière des événements ecclésiaux, au risque de brouiller la distinction entre information, analyse et communication institutionnelle.

Le problème n’est pas que des journalistes aient des convictions. Il est que les médias du Saint-Siège doivent servir l’Église universelle, et non une sensibilité ecclésiale particulière.

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Au-delà des divergences éditoriales, c’est aussi le fonctionnement même du Dicastère pour la communication qui pourrait être appelé à évoluer. Depuis la vaste réforme engagée par le pape François en 2015, qui a regroupé sous une même autorité Radio Vatican, Vatican News, L’Osservatore Romano, la Salle de presse du Saint-Siège et plusieurs autres structures, des interrogations persistent sur l’organisation des services, la répartition des responsabilités et l’efficacité de cette centralisation.

Les difficultés ne sont d’ailleurs pas uniquement supposées : lors de l’annonce de la nomination de Maria Montserrat Alvarado, l’Association des employés laïcs du Vatican a publiquement souligné l’urgence de remédier à certaines situations problématiques concernant le personnel. Des critiques ont également porté sur les conséquences de la réorganisation pour les journalistes, certains ayant vu leurs fonctions évoluer vers de simples tâches de traduction. Derrière ces difficultés se pose une question plus fondamentale : comment évaluer la qualité de l’information produite, la pertinence des choix éditoriaux, l’utilisation des ressources et la responsabilité effective des différents échelons hiérarchiques ?

La nouvelle préfète héritera ainsi d’une institution dont il ne suffira peut-être pas de moderniser les outils : il faudra également clarifier les missions, restaurer la confiance et redonner à la communication du Saint-Siège sa pleine cohérence au service du message pontifical.

Faut-il s’attendre à des résistances, voire à une forme de fronde interne ? Rien ne permet de l’affirmer. Mais les changements de méthode, lorsqu’ils touchent à des habitudes anciennes, ne suscitent pas toujours l’enthousiasme. Certains redoutent déjà l’importation d’une communication « à l’américaine ». Encore faudrait-il expliquer ce que cette expression recouvre. Si elle signifie davantage de professionnalisme, des objectifs clairement définis, une meilleure utilisation des ressources, des messages compréhensibles et une véritable capacité à rejoindre les fidèles, pourquoi faudrait-il s’en inquiéter ?

La communication de l’Église ne saurait être réduite à des indicateurs d’audience. Mais elle ne peut davantage s’exonérer de toute exigence d’efficacité au prétexte qu’elle sert une mission spirituelle. Montse Alvarado a d’ailleurs résumé sa conception du poste : « Communiquer le Christ au monde est le mandat du dicastère. » Elle précise vouloir recevoir la vision du pape et la mettre en œuvre, plutôt qu’imposer la sienne.

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