Alors que ce mercredi 5 août, les habitants de Ceuta célèbrent solennellement Notre-Dame d’Afrique, patronne de la ville, par une grande procession dans les rues de l’enclave espagnole quelques jours seulement après la grave crise migratoire venue du Maroc, une déclaration de l’abbé Javier Aizpún continue d’agiter l’Espagne.
Curé de Huarte (Navarre) et chanoine de la cathédrale de Pampelune, le prêtre a publié sur les réseaux sociaux le message suivant : « Notre-Dame d’Afrique, patronne de Ceuta, qu’elle impulse la reconquête du Maroc et sa conversion au christianisme. Ce que la reine Isabelle la Catholique a laissé inachevé, sachons le mener à bien. »
En quelques heures, cette publication a été largement relayée par les médias espagnols et a suscité des milliers de réactions. Au-delà de la formule volontairement percutante, l’abbé Aizpún rappelle une conviction fondamentale de la foi catholique : le désir que tous les peuples connaissent le Christ. Depuis les origines de l’Église, la mission confiée par Jésus à ses disciples est d’annoncer l’Évangile « à toutes les nations » (Mt 28, 19). Prier pour la conversion d’un peuple n’est donc pas étranger à la tradition chrétienne, mais s’inscrit dans la vocation missionnaire de l’Église. La référence à Notre-Dame d’Afrique revêt une forte portée symbolique. Vénérée depuis des siècles à Ceuta, la Vierge est invoquée comme protectrice de cette ville située aux portes du continent africain. La procession du 5 août, organisée cette année dans un contexte particulièrement tendu, rassemble de très nombreux fidèles venus confier à leur patronne l’avenir de leur cité.
Précisons que le prêtre fait également référence à Isabelle la Catholique, reine de Castille, qui, avec Ferdinand d’Aragon, acheva la Reconquista par la prise de Grenade en 1492. Son message renvoie ainsi à un épisode majeur de l’histoire de l’Espagne, marqué par le rétablissement de la souveraineté chrétienne sur la péninsule Ibérique après plusieurs siècles de domination musulmane.C’est précisément l’emploi du terme « reconquête » qui a nourri les commentaires. Pour certains, il s’agit d’une référence historique et spirituelle ; pour d’autres, d’une formule provocatrice dans un contexte particulièrement sensible.
En revanche, son appel à la « conversion du Maroc au christianisme » relève d’une démarche explicitement religieuse : celle de souhaiter que l’Évangile puisse être accueilli par tous les peuples. Cette prière prend un relief particulier au regard de la situation des chrétiens au Maroc. Si la Constitution marocaine affirme garantir la liberté d’exercice des cultes, l’islam demeure la religion d’État et le roi est le « Commandeur des croyants ». En pratique, les Marocains convertis au christianisme vivent souvent leur foi dans la discrétion. L’article 220 du Code pénal sanctionne toute tentative visant à « ébranler la foi d’un musulman » ou à le convertir à une autre religion, exposant les évangélisateurs à des peines de prison.
Plusieurs organisations de défense de la liberté religieuse dénoncent régulièrement une surveillance des convertis, des pressions sociales et familiales, ainsi que l’impossibilité pour les chrétiens marocains de disposer officiellement de lieux de culte qui leur soient destinés.
Dans une Espagne encore marquée par la récente crise de Ceuta et les interrogations sur les relations avec le Maroc, les paroles de l’abbé Javier Aizpún ont trouvé un écho bien au-delà des réseaux sociaux. Elles rappellent qu’au cœur de la mission de l’Église demeure l’annonce du Christ et l’espérance que chaque peuple puisse un jour accueillir librement l’Évangile.


