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Visitation de la Vierge Marie

La Visitation de la Vierge Marie à Élisabeth, œuvre de Frans Francken le Jeune, conservée dans l’Église Saint-Paul d'Anvers - Depositphotos
La Visitation de la Vierge Marie à Élisabeth, œuvre de Frans Francken le Jeune, conservée dans l’Église Saint-Paul d'Anvers - Depositphotos
Cette fête mariale rappelle l’une des rencontres les plus bouleversantes de l’Évangile : celle de deux mères portant chacune un enfant appelé à changer l’histoire du salut. Dans la discrétion d’une maison de Judée, Dieu se révèle déjà à travers la joie, l’humilité et la vie naissante

Au lendemain de l’Annonciation, Marie ne garde pas pour elle seule la grâce extraordinaire qu’elle vient de recevoir. L’Évangile de saint Luc rapporte qu’« en ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée » (Lc 1, 39). Cette précision n’est pas anodine. La jeune fille de Nazareth ne reste pas enfermée dans la contemplation du mystère qui vient de s’accomplir en elle. Elle part au contraire servir sa cousine Élisabeth, déjà avancée en âge et enceinte de Jean-Baptiste.

La Visitation est d’abord le récit d’une rencontre. Deux femmes se retrouvent après avoir chacune reçu une grâce inattendue de Dieu. Élisabeth, que l’on croyait stérile, porte l’enfant qui préparera les chemins du Seigneur. Marie porte en son sein le Fils de Dieu lui-même, conçu par l’action de l’Esprit Saint. Lorsque Marie entre dans la maison de Zacharie et salue sa cousine, un événement mystérieux se produit. Saint Luc écrit : « Quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. » Ce mouvement de l’enfant à naître est interprété par la tradition chrétienne comme la première reconnaissance du Christ par Jean-Baptiste. Avant même leur naissance, le Précurseur rencontre déjà celui dont il annoncera plus tard la venue sur les rives du Jourdain.

L’Église voit dans cet épisode l’une des plus belles manifestations de la présence du Christ dans le monde. Jésus n’a pas encore prononcé une parole, il n’a accompli aucun miracle, mais sa seule présence sanctifie déjà. Le Catéchisme de l’Église catholique souligne que Jean-Baptiste est ainsi consacré à sa mission dès le sein de sa mère.

Face à ce mystère, Élisabeth s’écrie : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. » Ces paroles, inspirées par l’Esprit Saint, sont devenues une partie essentielle de la prière de l’Ave Maria. Elles constituent également l’une des premières proclamations publiques de la grandeur de Marie dans l’Évangile.

La réponse de la Vierge Marie est tout aussi célèbre. Elle entonne le Magnificat, ce chant de louange qui traverse les siècles et demeure chaque soir la prière officielle de l’Église dans la liturgie des Heures. « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur », chante Marie.Le Magnificat est bien davantage qu’un simple cantique de gratitude. Il révèle le regard de Dieu sur l’histoire humaine. Marie y proclame un Dieu qui élève les humbles, renverse les puissants de leurs trônes, comble de biens les affamés et se souvient de sa miséricorde. À travers ce chant, l’Église reconnaît le cœur même du message évangélique.

La fête de la Visitation possède également une profonde dimension spirituelle. Marie devient le modèle du chrétien qui porte le Christ aux autres. Dès qu’elle a reçu le Sauveur, elle se met en route. Sa foi n’est pas repliée sur elle-même ; elle se transforme immédiatement en service et en charité. De nombreux auteurs spirituels ont également vu dans cette rencontre une célébration de la dignité de toute vie humaine. Les protagonistes de l’épisode sont quatre personnes : deux mères et deux enfants encore à naître. Pourtant, l’Évangile reconnaît déjà pleinement la présence et l’action de ces enfants dans le dessein de Dieu. Jean-Baptiste tressaille de joie, tandis que Jésus sanctifie par sa présence celui qui deviendra son Précurseur.

Célébrée le 31 mai dans le calendrier liturgique, la Visitation clôt traditionnellement le mois de Marie. Elle invite les fidèles à contempler la joie chrétienne dans sa forme la plus pure : celle qui naît de la rencontre avec le Christ. Une joie discrète, silencieuse même, loin des manifestations spectaculaires, mais capable de transformer les cœurs.

Avec nominis

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