Vendredi 13 mars 2026, une nouvelle controverse a éclaté au Royaume-Uni après la révélation de directives distribuées dans plusieurs écoles par des conseils municipaux dirigés par le Parti travailliste. Ces recommandations invitent les enseignants à éviter que les élèves dessinent certaines figures religieuses, dont Jésus, afin de respecter les sensibilités de familles musulmanes. L’opposition conservatrice dénonce une « imposition d’une doctrine religieuse » dans l’école publique. Ces recommandations pédagogiques sont contenues dans un document intitulé « Sharing the Journey », que l’on peut traduire par « Partager le chemin ».
Ce texte invite les enseignants à tenir compte de certaines sensibilités religieuses, en particulier musulmanes, dans différentes activités scolaires. Il explique notamment que certaines pratiques artistiques peuvent être perçues comme problématiques selon certaines interprétations de l’islam. Le document précise que l’art islamique s’est historiquement développé autour de formes abstraites et indique que « l’imagerie figurative tridimensionnelle d’êtres humains est considérée par certains musulmans comme idolâtre ». Dans ce contexte, les enseignants sont invités à faire preuve de prudence dans plusieurs disciplines, notamment les cours d’art, de danse, de théâtre, de musique, d’éducation physique ou encore d’enseignement religieux. Le point le plus controversé concerne les productions artistiques des élèves. Les recommandations indiquent qu’il est important que les enfants n’en viennent pas à produire des images représentant Jésus, le prophète Mahomet ou d’autres figures considérées comme prophètes dans l’islam.

Plusieurs conseils municipaux ont diffusé ces orientations, notamment dans le West Yorkshire. Cette région reste marquée par une affaire survenue en mars 2021 lorsqu’un enseignant de Batley Grammar School avait montré en classe une caricature du prophète Mahomet lors d’un cours consacré à la liberté d’expression. L’incident avait déclenché des manifestations devant l’établissement scolaire et l’enseignant avait dû être placé sous protection policière. Selon plusieurs témoignages relayés dans les médias britanniques en 2026, cet enseignant vivrait encore aujourd’hui sous les menaces.
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La diffusion de ces recommandations a immédiatement suscité de fortes réactions politiques. La députée conservatrice Laura Trott, secrétaire d’État fantôme à l’Éducation, a adressé en mars 2026 une lettre à la ministre de l’Éducation Bridget Phillipson afin de demander une intervention du gouvernement. Dans cette lettre, elle rappelle que le document affirme lui-même que « le respect des traditions religieuses ne doit pas compromettre l’obligation pour tous les élèves de recevoir un programme large et équilibré ». Mais elle ajoute aussitôt : « Il est donc extraordinaire que ce même document fasse précisément l’inverse ». Pour la responsable politique, ces directives vont bien au-delà d’une simple attention aux sensibilités religieuses. Elle estime qu’elles risquent d’introduire dans l’école publique une forme de pression religieuse. « La tolérance ne devrait jamais signifier abandonner nos valeurs. Les écoles devraient enseigner ces valeurs communes, et non surveiller ou censurer les cours », écrit-elle. Laura Trott appelle désormais le gouvernement britannique à demander officiellement aux conseils municipaux concernés de retirer ces directives et à examiner si des recommandations similaires existent dans d’autres régions du pays.
La controverse relance un débat particulièrement sensible au Royaume-Uni, celui de l’équilibre entre le respect des croyances religieuses, la liberté d’expression et la mission éducative de l’école publique. Dans un pays marqué par plusieurs crises liées aux caricatures religieuses et à la question du blasphème, l’affaire montre combien ces questions demeurent aujourd’hui explosives.Pour beaucoup d’observateurs, le fait que la figure du Christ soit désormais concernée par ces précautions révèle une évolution profonde.
L’école publique britannique, héritière d’une civilisation façonnée pendant des siècles par le christianisme, se retrouve aujourd’hui sommée de restreindre certaines expressions culturelles et artistiques au nom de sensibilités religieuses particulières. Pour de nombreux chrétiens, une telle évolution ne relève plus seulement du respect des croyances, mais d’un renoncement progressif à l’héritage spirituel qui a façonné l’Europe. Une société véritablement libre ne devrait pas demander aux enfants de taire ou d’effacer la figure du Christ dans leurs dessins. Elle devrait au contraire être capable d’enseigner le respect des croyances sans jamais censurer ce qui appartient au cœur de son histoire et de sa culture.


