Depuis 2000 ans

GPA : l’inconscience de Gabriel Attal face à une dérive sans limite

Depositphotos- Gabriel Attal ( wiki)
Depositphotos- Gabriel Attal ( wiki)
Un tabou, dans une civilisation, désigne ce que l’on refuse collectivement parce que cela menace la dignité humaine, l’équilibre social et le bien commun. En prétendant vouloir « briser un tabou » avec la Gestation pour Autrui , Gabriel Attal tente surtout de faire passer une transgression morale majeure pour un simple progrès civilisationnel

Il est des mots qui disent beaucoup d’une époque. En affirmant vouloir « briser un tabou » sur la GPA, Gabriel Attal révèle à lui seul l’idéologie qui domine désormais une partie de la société civile et de la classe politique : toute limite morale serait suspecte, tout interdit devrait être déconstruit, et toute résistance anthropologique finirait tôt ou tard par céder au nom d’un soi-disant progrès. La formule n’est pas anodine. Car enfin, de quel « tabou » parle-t-on ? Depuis quand le refus de louer le corps des femmes et de contractualiser la naissance d’un enfant serait-il une superstition archaïque dont il faudrait se libérer ?

Présenter la GPA comme un sujet qu’il conviendrait simplement de « déverrouiller » sur le plan  » institutionnel, constitutionnel et administratif  » revient à faire passer pour « un retard culturel » ce qui relève en réalité de la protection élémentaire de la dignité humaine.

Cette rhétorique du « tabou à briser » est devenue la mécanique habituelle des révolutions sociétales contemporaines. On commence par ridiculiser les réticences morales, puis on présente toute opposition comme rétrograde, avant d’imposer progressivement l’idée qu’il serait inévitable d’aller plus loin. Hier encore, la GPA était décrite comme une ligne rouge absolue ; aujourd’hui, certains veulent la banaliser au nom de l’émancipation individuelle.

Lire aussi

Et pourtant, derrière les slogans modernes et les mises en scène médiatiques, la réalité demeure d’une brutalité implacable. La GPA consiste à faire porter un enfant par une femme avec l’objectif explicite de l’en séparer à la naissance. Tout est organisé, anticipé et contractualisé autour de cette rupture programmée. Le lien maternel, pourtant reconnu par toutes les sciences humaines et médicales comme essentiel durant la grossesse, devient un obstacle qu’il faudrait neutraliser juridiquement et psychologiquement. Les défenseurs de la GPA aiment parler d’« altruisme ». Mais dans les pays où cette pratique prospère déjà, la logique commerciale finit toujours par s’imposer. Le marché mondial de la GPA représente aujourd’hui des milliards de dollars et connaît une croissance spectaculaire. Ce simple fait devrait suffire à alerter : lorsqu’une pratique liée à la naissance humaine devient une industrie internationale, elle cesse d’être une exception compassionnelle pour devenir un système économique fondé sur le corps féminin et le désir des plus aisés.

On découvre alors l’envers du décor : sélection des profils, exigences contractuelles, clauses médicales intrusives, pressions psychologiques et parfois même demandes d’avortements en cas d’anomalie détectée chez l’enfant. Derrière les couvertures élégantes des magazines et les récits soigneusement calibrés, il existe une réalité beaucoup moins photogénique : celle d’un marché où le corps de femmes souvent fragiles économiquement devient une ressource au service des plus riches.

Il faut avoir le courage de nommer les choses. Une société qui accepte qu’une femme porte un enfant pour le remettre ensuite à des commanditaires transforme nécessairement la maternité en prestation et l’enfant en objet de transaction. Peu importe les précautions de langage utilisées. On pourra parler de « projet parental », de « solidarité » ou de « GPA éthique » : le principe demeure identique.

Et c’est précisément là que l’inconscience de Gabriel Attal devient inquiétante. Car en prétendant « ouvrir une réflexion », il contribue surtout à déplacer les frontières morales collectives. Les grandes ruptures anthropologiques commencent toujours ainsi : par des conventions, des groupes de travail, des débats présentés comme techniques et raisonnables. Puis ce qui paraissait hier impensable devient progressivement acceptable. Cette fuite en avant révèle surtout une crise plus profonde : celle d’une société incapable d’accepter que tout désir humain ne puisse devenir un droit opposable. Or le désir d’enfant, aussi compréhensible et douloureux soit-il, ne crée jamais un droit à l’enfant. Un enfant n’est ni un médicament contre la souffrance affective ni un objet destiné à accomplir un projet personnel.

L’Église catholique, sur ce sujet, garde une clarté remarquable que beaucoup de responsables politiques ont abandonnée. Depuis Donum Vitae (Congrégation pour la doctrine de la foi, 1987) jusqu’à Dignitas Personae (Congrégation pour la doctrine de la foi, 2008), elle rappelle que la GPA constitue une atteinte grave à la dignité de la femme et de l’enfant. Le Catéchisme de l’Église catholique affirme également que « l’enfant n’est pas un dû, mais un don » (CEC, n°2378).

Le pape Pape François Francis lui-même a dénoncé la GPA comme une pratique « inhumaine » portant atteinte à la dignité de la femme et de l’enfant (Discours au Corps diplomatique, 8 janvier 2024). Ce rappel n’est pas un réflexe idéologique : il exprime une vérité profondément humaine. La maternité n’est pas un service. La filiation n’est pas un contrat. La naissance d’un enfant ne peut devenir l’objet d’une commande. En réalité, ce que certains appellent aujourd’hui « progrès » ressemble de plus en plus à une régression morale majeure. Une civilisation qui protège moins les femmes pauvres contre l’exploitation reproductive et qui considère normal d’organiser contractuellement la séparation d’un nouveau-né d’avec sa mère ne progresse pas : elle s’abîme. À vouloir « briser tous les tabous », notre époque finit surtout par détruire toutes les limites qui protégeaient encore la dignité humaine et le caractère sacré de la vie.

Recevez chaque jour notre newsletter !