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UNESCO et Vatican : les profondes divergences qui pourraient marquer la visite du pape Léon XIV à Paris

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Lors de sa visite à Paris, en septembre prochain, le pape Léon XIV pourrait profiter de sa visite à l’UNESCO pour rappeler la vision chrétienne de l’homme face à certaines orientations éducatives et sociétales soutenues par l’organisation internationale autour du genre, de la sexualité et de l’éducation

La future visite du pape Léon XIV à l’UNESCO suscite déjà de nombreuses attentes au Vatican comme dans les milieux catholiques. Derrière les échanges diplomatiques et les discours officiels sur la paix, la culture et l’éducation, plusieurs sujets de désaccord opposent depuis des années l’organisation des Nations unies et la doctrine chrétienne sur des questions devenues centrales dans les sociétés occidentales. L’UNESCO présente aujourd’hui l’égalité de genre comme une « priorité mondiale ». Sur son site officiel, l’organisation explique vouloir transformer les systèmes éducatifs afin de promouvoir une société plus inclusive et plus égalitaire.

Sa stratégie 2019-2025 pour « l’égalité des genres dans et par l’éducation » évoque explicitement une transformation globale des politiques éducatives, des contenus pédagogiques et des pratiques d’enseignement afin de modifier les représentations culturelles liées au genre. L’organisation internationale affirme vouloir agir sur l’ensemble du système éducatif : accès à l’école, programmes scolaires, méthodes d’apprentissage, cadres juridiques et représentations sociales. L’objectif affiché est de passer « de l’accès à l’autonomisation », notamment pour les jeunes filles et les femmes.

L’UNESCO développe également des programmes destinés à lutter contre les « stéréotypes de genre » et encourage l’intégration des questions liées à l’identité, à la diversité et à l’inclusion dans les systèmes éducatifs. Plusieurs documents soutenus par l’organisation défendent aussi une éducation sexuelle dite « complète », abordant des thèmes comme le consentement, les orientations sexuelles, les identités de genre ou encore les droits reproductifs.

Pour l’Église catholique, une partie de ces orientations pose un problème anthropologique majeur.

Le Vatican soutient évidemment l’accès des filles à l’éducation, la lutte contre les violences faites aux femmes ou encore l’égale dignité entre l’homme et la femme. Mais la doctrine chrétienne refuse une vision du genre qui séparerait totalement l’identité sexuelle de la réalité biologique. Depuis plusieurs années, les papes successifs mettent en garde contre ce qu’ils appellent « l’idéologie du genre ». Le pape François dénonçait déjà une forme de « colonisation idéologique » imposée selon lui à travers certains programmes internationaux. Léon XIV pourrait reprendre cette ligne lors de sa visite à Paris.

Selon la doctrine catholique, l’homme et la femme possèdent une égale dignité mais aussi une différence naturelle et complémentaire qui ne peut être effacée par des constructions sociales ou culturelles. L’Église considère également que les parents demeurent les premiers responsables de l’éducation morale et affective de leurs enfants. C’est notamment sur la question de l’éducation sexuelle que les tensions apparaissent les plus fortes.

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L’UNESCO défend une approche centrée sur l’autonomie individuelle, la diversité des identités et l’évolution des normes sociales. L’Église, de son côté, insiste sur une vision intégrale de la personne humaine fondée sur la responsabilité morale, la famille, le mariage et la complémentarité homme-femme.

De nombreux catholiques reprochent aujourd’hui à certaines institutions internationales de promouvoir une vision de la sexualité déconnectée de toute référence morale ou spirituelle. Ils craignent également que les systèmes éducatifs deviennent des outils de transformation culturelle imposant progressivement de nouvelles normes anthropologiques. Précisons que L’UNESCO développe par ailleurs des outils internationaux destinés à suivre les progrès des États dans la mise en œuvre de ces politiques éducatives liées au genre. À travers des tableaux de suivi mondiaux et différents programmes de coopération, l’organisation cherche à harmoniser les politiques publiques dans les 193 pays membres : l’idéologie est bien là et cette évolution dépasse désormais largement le simple cadre éducatif. Elle touche à la définition même de l’être humain, de la famille et de la société.

Rappelons que en dépit de ces divergences , Le Vatican reste néanmoins engagé dans de nombreux projets communs avec l’UNESCO, notamment sur la protection du patrimoine, l’accès à l’éducation, la préservation des sites religieux ou encore la promotion de la paix. Mais dans un contexte mondial marqué par les débats autour du genre, de l’éducation et des nouvelles normes sociétales, chaque prise de parole du pape Léon XIV sera particulièrement scrutée. Beaucoup attendent désormais de savoir si le souverain pontife profitera de cette tribune internationale pour rappeler publiquement certaines limites que l’Église estime infranchissables dans la redéfinition contemporaine de l’homme et de la famille.

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