Une tribune récemment publiée dans un journal » dit catholique » oppose défense de la création et défense de la vie humaine, alors que le Magistère les tient ensemble sans jamais les confondre. Une démonstration qui repose sur plusieurs amalgames et appelle plusieurs mises au point : comme si l’Église devait choisir entre défendre les personnes menacées par l’euthanasie et se préoccuper des victimes de la canicule. Cette lecture ne correspond ni à la doctrine catholique ni à la réalité.
Contrairement à ce qu’affirment les auteurs, l’Église n’a jamais limité la défense de la vie aux seules questions bioéthiques. Depuis plusieurs décennies, le Magistère développe une véritable vision de l’écologie intégrale. Saint Jean-Paul II dénonçait déjà les atteintes à l’environnement dans Centesimus Annus (1991). Benoît XVI rappelait dans Caritas in Veritate (2009) que « le livre de la nature est un et indivisible », liant le respect de l’environnement à celui de la vie humaine, de la famille et de la dignité de la personne. Le pape François a consacré Laudato si’ à cette question, tandis que le pape Léon XIV s’inscrit dans cette continuité. L’Église ne découvre donc pas l’écologie en 2026.
Le véritable problème est ailleurs : la tribune place sur le même plan deux réalités qui ne relèvent pourtant pas du même ordre.
Une canicule est un phénomène climatique aux conséquences parfois dramatiques, qui appelle des politiques de prévention, de solidarité et de protection des plus fragiles. L’euthanasie, en revanche, consiste à autoriser volontairement qu’un être humain mette fin à la vie d’un autre. Le Catéchisme de l’Église catholique (§ 2277) rappelle qu’il s’agit d’un acte « moralement inacceptable ».
La différence est fondamentale : dans un cas, la mort est subie ; dans l’autre, elle est délibérément provoquée.
C’est pourquoi il est inexact de reprocher aux évêques de se mobiliser davantage contre une loi sur la fin de vie que contre une vague de chaleur. Leur mission première consiste à éclairer les consciences lorsque sont en jeu des questions morales qui touchent directement au caractère inviolable de la vie humaine.
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Les auteurs reprochent également à la Conférence des évêques de France son prétendu silence. Pourtant, l’action de l’Église ne se réduit pas à la publication de communiqués. Chaque été, paroisses, congrégations religieuses, maisons de retraite catholiques, aumôneries, associations caritatives et bénévoles accompagnent les personnes âgées, les malades, les sans-abri et les plus vulnérables. Cette présence est souvent discrète, mais elle est bien réelle. Plus surprenant encore est le reproche d’un prétendu « double standard ». Depuis saint Jean-Paul II jusqu’au pape Léon XIV, en passant par Benoît XVI et François, le Magistère affirme précisément que la protection de la création et celle de la vie humaine sont inséparables. C’est le principe même de l’écologie intégrale.
Mais tenir ensemble ne signifie pas confondre.
Une catastrophe naturelle, aussi grave soit-elle, n’est pas équivalente à une décision politique consistant à légaliser un acte destiné à provoquer la mort. Les deux situations n’appellent ni les mêmes responsabilités, ni les mêmes réponses, ni le même discernement moral. L’Église a raison d’encourager une véritable conversion écologique, de rappeler notre devoir de protéger la création et d’appeler à la solidarité envers les victimes des événements climatiques. Elle le fait depuis longtemps. Mais elle ne peut renoncer à dénoncer avec une force particulière toute législation qui remet en cause le principe fondamental selon lequel aucune vie innocente ne peut être volontairement supprimée.
Opposer écologie et bioéthique, comme le fait cette tribune, revient finalement à méconnaître la cohérence de la doctrine sociale de l’Église. Celle-ci défend tout à la fois la création, les pauvres, les personnes fragiles et la vie humaine, de sa conception jusqu’à sa mort naturelle. C’est précisément cette cohérence qui fonde aujourd’hui son engagement dans le débat sur l’aide à mourir, sans que cela l’empêche de rappeler, par ailleurs, les exigences d’une authentique responsabilité écologique.


