Au cœur de Romans-sur-Isère, entre l’hôtel de ville, le musée international de la Chaussure et la collégiale Saint-Barnard, le monastère Sainte-Claire demeure depuis plus de quatre siècles un lieu de silence, de prière et de vie contemplative. Aujourd’hui pourtant, derrière ses murs, l’avenir de cette communauté est incertain. Les quatre Clarisses qui y vivent encore souhaitent demeurer dans le monastère où elles ont consacré leur existence, alors qu’un projet de regroupement avec une autre communauté est désormais confirmé par les autorités ecclésiales.Cette situation a conduit le diocèse de Valence à publier, le 17 juillet, un communiqué détaillé afin d’en expliquer les raisons.
De leur coté, les religieuses, désormais âgées, souhaitent terminer leurs jours dans ce monastère où elles ont prononcé leurs vœux et vécu leur vocation. « On est très bien ici », confient-elles au quotidien régional le Dauphiné Libéré, résumant leur profond attachement à ce lieu de prière.
Les Clarisses sont présentes à Romans depuis 1621. Malgré les bouleversements de l’histoire, notamment la Révolution française qui entraîna la dispersion de nombreuses communautés religieuses, la vie monastique a pu reprendre et se poursuivre. En 2021, les religieuses avaient d’ailleurs célébré les 400 ans de leur présence dans la cité drômoise.Fondé en 1212 par sainte Claire d’Assise, sous l’impulsion de saint François, l’Ordre des Clarisses constitue le deuxième ordre franciscain. Les religieuses mènent une vie entièrement contemplative, rythmée par la liturgie des Heures, la prière, l’adoration, le silence et la clôture. Contrairement aux congrégations apostoliques, leur mission ne repose pas sur des œuvres extérieures, mais sur une vie offerte à Dieu dans l’intercession pour l’Église et le monde.
Le cas de Romans-sur-Isère dépasse toutefois le seul destin de ces quatre religieuses. Depuis plusieurs années, les communautés contemplatives féminines connaissent une crise profonde liée au vieillissement de leurs membres et à la raréfaction des vocations. Partout en France, plusieurs monastères ont déjà fermé leurs portes ou fusionné avec d’autres communautés, faute d’effectifs suffisants pour assurer durablement la vie monastique.
Cette évolution est également encadrée par le droit de l’Église. En 2016, le pape François a promulgué la constitution apostolique Vultum Dei quaerere sur la vie contemplative féminine, complétée en 2018 par l’instruction Cor orans, publiée par le Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique. Ces textes visent à accompagner les communautés confrontées au vieillissement et à la diminution des vocations. Ils encouragent notamment l’appartenance des monastères à une fédération et prévoient qu’une évaluation soit menée lorsqu’une communauté ne dispose plus des conditions nécessaires pour assurer une véritable autonomie.
Sont notamment pris en compte le nombre de religieuses, la capacité d’exercer le gouvernement du monastère, la formation, la vitalité de la vie fraternelle ainsi que la situation économique. Lorsque cette autonomie n’est plus assurée, un regroupement avec une autre communauté ou, en dernier recours, une suppression canonique du monastère peut être envisagé.
Si ces dispositions ont pour objectif de préserver la vitalité de la vie contemplative, elles ont également suscité des interrogations dans certains monastères. Plusieurs communautés ont estimé que les nouvelles règles limitaient l’autonomie dont bénéficiaient traditionnellement les monastères de Clarisses, historiquement gouvernés de manière largement indépendante. Les autorités de l’Église soulignent toutefois que ces réformes visent avant tout à accompagner les communautés devenues particulièrement fragiles et à préserver leur charisme.
Le communiqué publié par le diocèse de Valence apporte des précisions inédites. Il confirme qu’à l’issue d’une visite apostolique réalisée en mai 2018, le Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique a décidé, le 30 avril 2019, de retirer au monastère Sainte-Claire son autonomie, de le rattacher à la Fédération des Clarisses Notre-Dame des Anges et d’en demander la fermeture « dans les meilleurs délais ». Le diocèse insiste sur le fait qu’il n’est pas à l’origine de cette décision et qu’il est chargé d’en assurer l’application.
Le diocèse précise également que les religieuses ne sont pas « expulsées ». Selon lui, une solution a été trouvée afin qu’elles puissent être accueillies ensemble dans une autre communauté, où elles poursuivraient leur vocation religieuse dans des conditions adaptées à leur âge et à leur état de santé. Il explique avoir privilégié pendant plusieurs années un accompagnement discret des sœurs et la recherche d’une solution respectueuse de leur situation avant de communiquer publiquement sur ce dossier.
Le cas de Romans n’est d’ailleurs pas isolé. Ces dernières années, plusieurs monastères de Clarisses ont fermé ou fusionné en France, conséquence directe du vieillissement des communautés et de la baisse des vocations. Ce phénomène touche aujourd’hui l’ensemble des communautés contemplatives, confrontées à une diminution constante de leurs effectifs et à la difficulté d’assurer leur renouvellement.
À Romans, cette perspective se heurte toutefois au désir très humain des quatre Clarisses de demeurer jusqu’au bout dans le monastère qui est devenu leur maison. Après parfois plusieurs décennies de vie religieuse derrière ces murs, quitter ce lieu représenterait bien davantage qu’un simple déménagement : c’est un enracinement spirituel, une mémoire communautaire et plus de quatre siècles de présence contemplative qui risqueraient de s’effacer.


