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[ABUS : Les jésuites face à leur histoire]: Pourquoi la Compagnie de Jésus refuse-t-elle toujours de faire toute la lumière sur un jésuite accusé de 38 agressions sexuelles

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Comme un douloureux rappel des crises qui frappent la Compagnie de Jésus, un collectif a lancé, le 4 août dernier, un appel demandant l'ouverture des archives des jésuites afin d'éclaircir les quinze dernières années en France du père Jules Convert, accusé de 38 agressions sexuelles

À l’approche de la visite du pape Léon XIV à Lourdes, les œuvres de l’ancien jésuite Marko Rupnik devront être dissimulées pour ne pas raviver les blessures des victimes. Et la douleur, elle, sera toujours là.. Mais le cas Rupnik n’est malheureusement pas le seul à ternir la réputation de la Compagnie de Jésus. Alors que les blessures laissées par cette affaire restent vives, un autre dossier resurgit aujourd’hui : celui du père Jules Convert, jésuite français visé par 38 signalements d’agressions sexuelles selon le Collectif des victimes d’agressions sexuelles de jésuites.

Pendant près de quarante ans, le père Jules Convert, jésuite français ordonné en 1940, a exercé son ministère dans les villages isolés de l’Alaska. Des décennies plus tard, il est devenu l’un des religieux les plus lourdement mis en cause dans les affaires d’abus sexuels de cette région. La fiche de référence publiée par BishopAccountability.org retrace son parcours et rappelle qu’en 2013 le diocèse de Fairbanks faisait déjà état de 37 signalements d’abus à son encontre, tandis que le Collectif des victimes d’agressions sexuelles de jésuites évoque aujourd’hui 38 signalements.

Mais l’appel lancé le 4 août ne porte pas sur son passé en Alaska. Il vise une tout autre période : les quinze dernières années de sa vie passées en France.

Selon les éléments rassemblés par BishopAccountability.org, les autorités diocésaines de Fairbanks indiquaient dès 2003 que Jules Convert était rentré en France en 1980 pour raisons de santé. Le document précise simplement qu’il aurait ensuite exercé « dans une petite paroisse des Alpes françaises » avant de décéder à Francheville, près de Lyon, le 28 juillet 1995. Aucune paroisse n’est toutefois nommée et aucune affectation française n’est détaillée.

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C’est précisément cette absence d’informations qui motive aujourd’hui l’interpellation du Collectif des victimes d’agressions sexuelles de jésuites. Celui-ci demande publiquement à la Province jésuite d’Europe occidentale francophone d’examiner ses archives afin d’établir où le père Convert a effectivement exercé entre son retour de l’Alaska et sa mort.Le collectif estime qu’une congrégation religieuse conserve normalement les dossiers personnels de ses membres, leurs affectations successives ainsi que les documents administratifs relatifs à leur ministère. Il considère donc que les archives de la Compagnie de Jésus pourraient permettre d’identifier cette « petite paroisse des Alpes françaises » mentionnée dans les documents américains.

Il convient toutefois de distinguer les faits établis des hypothèses. À ce jour, la fiche de BishopAccountability.org ne fait état d’aucune accusation publique concernant la période française du père Convert. L’appel du collectif ne repose donc pas sur des faits établis en France, mais sur la volonté de documenter intégralement le parcours de ce jésuite et de permettre, le cas échéant, à d’éventuelles victimes de se manifester.

L’Ordre créé par saint Ignace de Loyola, auquel appartenait le pape François, se trouve aujourd’hui confronté à une exigence accrue de transparence. Trente ans après la mort du père Jules Convert, plusieurs questions demeurent sans réponse. Dans quelle paroisse a-t-il réellement exercé entre 1980 et 1995 ? Sous quelle autorité ? Quelles missions lui ont été confiées ? Les archives de la Province jésuite d’Europe occidentale francophone permettent-elles d’apporter des réponses précises ? C’est à ces interrogations que le Collectif des victimes d’agressions sexuelles de jésuites demande désormais à la Compagnie de Jésus de répondre.

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