Comment expliquer que des milliers de jeunes adultes frappent aujourd’hui à la porte de l’Église dans une France pourtant largement sécularisée ? Invité le 5 août à la Festa di Avvenire, à Lerici (Italie), où il s’est vu remettre le Prix Narducci, le cardinal Jean-Marc Aveline a accordé un long entretien au quotidien italien Avvenire. L’archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France y propose une lecture profondément spirituelle du spectaculaire essor des baptêmes d’adultes. Pour lui, ces conversions rappellent avant tout que Dieu agit souvent là où l’on ne l’attend pas.
Les chiffres témoignent d’une évolution désormais durable. Après environ 15 000 adultes engagés dans le catéchuménat il y a trois ans, ils étaient 17 000 l’année suivante, puis 21 000 en 2025. Les premières estimations pour 2026 annoncent une nouvelle progression. Le cardinal précise : « ce n’est pas un feu de paille ».
Cette croissance ne doit cependant pas conduire l’Église à l’autosatisfaction. Le cardinal Aveline reconnaît qu’il est humain de se réjouir de ces chiffres ou de comparer les diocèses selon le nombre de catéchumènes. Mais il rappelle que ces parcours de conversion échappent souvent aux schémas pastoraux classiques. « Nous devons coopérer avec l’Esprit Saint ; c’est lui qui prépare ces chemins », affirme-t-il. Une conviction qui conduit le cardinal à rappeler que l’action de Dieu précède toujours les initiatives humaines.
Le prélat marseillais observe également que ces conversions naissent rarement d’un simple intérêt intellectuel. Elles trouvent souvent leur origine dans une épreuve : un deuil, une maladie, un drame familial ou une profonde déception personnelle. Ces blessures font émerger des questions existentielles auxquelles beaucoup cherchent une réponse plus profonde. « Il y a une aspiration sérieuse et profonde, parce qu’elle part de la vie », résume-t-il.
À cette quête intérieure s’ajoute le témoignage discret de nombreux croyants. Une rencontre, une invitation dans une paroisse, le silence d’une église ouverte ou la découverte d’une communauté accueillante peuvent devenir le point de départ d’un véritable chemin de foi. L’archevêque de Marseille rapproche volontiers ces itinéraires des premiers temps de l’Église, lorsque l’Évangile se transmettait avant tout de personne à personne.
L’un des passages de l’entretien concerne le rôle inattendu que peuvent jouer cert ains musulmans dans ce réveil spirituel. Le président de la Conférence des évêques de France explique que des jeunes, en voyant leurs amis musulmans vivre avec sérieux la prière ou le ramadan, commencent à s’interroger sur leur propre identité chrétienne. « Il y a aussi ceux qui ont des amis musulmans qui prient et vivent le Ramadan ; cela les interpelle et les pousse à se demander ce que signifie pour eux être chrétiens. Ne sachant pas répondre, ils cherchent sur Internet les choses les plus élémentaires sur les pratiques religieuses chrétiennes », explique-t-il. Il ajoute avoir ainsi vu, lors du Mercredi des Cendres, des églises remplies de jeunes « interpellés par la manière dont leurs amis musulmans vivent le temps du jeûne et de la pénitence » et qui redécouvrent ainsi leur identité chrétienne à travers ce témoignage.
Pour le cardinal, ce mouvement représente aussi un défi pastoral. Ces nouveaux baptisés ont besoin d’être accompagnés, formés et intégrés dans des communautés vivantes afin que leur enthousiasme initial s’enracine durablement dans la foi. « Il faut créer des liens forts entre la foi et la vie », insiste-t-il, soulignant que cet accompagnement est indispensable pour permettre à ces conversions de porter un fruit durable. Enfin, Son Eminence Aveline élargit sa réflexion à l’ensemble de la société contemporaine. Face à une culture qu’il juge parfois marquée par « l’anesthésie des consciences », il appelle les chrétiens à retrouver le sens de l’intériorité. « Il faut retrouver le chemin de l’intériorité ; avec lui, on retrouve aussi celui de la liberté », affirme-t-il. Et de conclure : « La liberté est le commencement de la résistance. La foi chrétienne aujourd’hui a beaucoup à voir avec la résistance. »
À travers cet entretien, le cardinal Aveline invite finalement les catholiques à regarder au-delà des statistiques. Plus que le nombre des baptêmes, c’est la profondeur des conversions, leur accompagnement et leur enracinement durable dans la vie de l’Église qui constituent, selon lui, le véritable défi des années à venir.


