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[Vidéo] Le film « Tombé du ciel » : un humour anti-catholique revendiqué qui n’a rien d’innocent

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Il n’y a rien d’innocent dans ce genre de film, qui sortira le 12 août prochain, il participe à cette banalisation qui transforme progressivement le christianisme, ses religieux, ses rites et jusqu’à l’eucharistie en objets de dérision

Par Philippe Marie

Nous avions alerté dès le mois de juin sur Tombé du ciel. À l’approche de sa sortie, notre réserve demeure entière : pourquoi un catholique irait-il payer une place pour un film qui ridiculise sa foi, se moque de ses rites et va jusqu’au blasphème pour faire rire ? Il ne s’agit évidemment pas de réclamer l’interdiction du film mais de le boycotter, oui évidemment, car tout ce qui peut être montré ne mérite pas nécessairement notre argent, notre audience ou notre approbation.

On nous expliquera naturellement qu’il faut « savoir rire de tout », et surtout de soi-même. Les catholiques seraient donc, une fois encore, ces éternels coincés incapables de supporter une plaisanterie. L’argument est commode, mais intellectuellement facile. Le christianisme n’a jamais été incompatible avec l’humour. De saint Philippe Néri à Bernanos, la tradition catholique sait même combien l’esprit de sérieux peut devenir une forme de suffisance.

Mais la véritable question est ailleurs : que cherche à installer dans les esprits un rire qui prend constamment pour matière les mêmes réalités : les rites catholiques , les religieux, l’Eucharistie, les mœurs et finalement tout un univers chrétien présenté comme étrange, dépassé ou délicieusement archaïque ?

Derrière l’injonction apparemment légère à « savoir rire de tout » apparaît alors un véritable enjeu idéologique et culturel : reléguer progressivement le christianisme dans la sphère de ce qui appartient au passé, de ce qui n’est plus tout à fait sérieux et peut donc être tourné en dérision sans conséquence. Le cinéma participe lui aussi à cette bataille des représentations. À force de présenter une foi comme folklorique, ridicule ou anachronique, on contribue à la dévaloriser dans l’imaginaire collectif. C’est en cela que l’on peut parler d’une forme d’anticatholicisme culturel assumé : non pas nécessairement une haine déclarée du christianisme, mais sa mise à distance par la caricature, jusqu’à faire du rire l’instrument apparemment inoffensif de son déclassement …toute une certaine idéologie est à l’oeuvre.

Dans la bande-annonce, Ilyes, le personnage principal, mange des hosties. Un élève s’affole : « Il est en train de manger tout le corps du Christ là ! » Un religieux intervient : « Ce sont les osties pour la messe de dimanche ! » Le ressort comique est évident : la scène convoque volontairement l’Eucharistie et ce qu’elle représente pour les catholiques afin de fabriquer une situation burlesque. Ce qui se trouve au centre de la vie sacramentelle de l’Église devient matière à gag.

Et puisque nous sommes invités à rire de tout, poussons donc le raisonnement jusqu’au bout.

Imaginons un film dans lequel un jeune catholique entrerait dans une mosquée et où l’humour serait construit autour de la prière musulmane, du ramadan, des interdits alimentaires et de ce que les musulmans considèrent comme sacré. Imaginons une bande-annonce accumulant les plaisanteries sur ces pratiques et présentant l’islam comme un univers exotique dont les coutumes prêteraient naturellement à rire.

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Qui peut sérieusement prétendre que l’on nous expliquerait avec la même désinvolture qu’« après tout, ce n’est que de l’humour » ? Curieusement, lorsqu’un catholique demande que ce même respect s’étende à ce qu’il tient pour sacré, il devient soudain un réactionnaire crispé auquel on recommande d’apprendre à rire.

La bande-annonce poursuit et donne le ton : « Chez les catholiques c’est génial, mais je te préviens, il y a des pièges », entend-on encore. Le jeune musulman venu de Roubaix découvre un univers catholique dont il ignore les codes. « Il y a du cochon partout ici en fait », constate-t-il. Le renversement culturel est saisissant. Dans un pays dont les villages se sont organisés autour des clochers, dont le calendrier demeure rythmé par Noël, Pâques, l’Ascension, la Toussaint ou l’Assomption et dont une immense partie du patrimoine est chrétienne, le catholicisme peut désormais être représenté comme une civilisation étrangère sur son propre sol.

Cette représentation n’est pas neutre. La culture agit par accumulation. Un gag ne détruit pas le sacré. Un film non plus. Mais lorsque reviennent continuellement le prêtre lunaire, le catholique coincé, les rites incompréhensibles et la communauté hors du temps, une représentation collective finit par s’installer. Ce que l’on habitue une société à regarder comme ridicule finit par perdre, à ses yeux, une part de son caractère respectable.

Voilà pourquoi la participation du Cénacle de Tigery, propriété de la Communauté du Chemin Neuf, demeure difficilement compréhensible. Il ne s’agit pas d’un studio mais d’un véritable lieu spirituel, où la messe est célébrée, où l’adoration eucharistique est proposée et où des fidèles viennent prier.

À quoi sert de demander au monde de respecter le sacré si les catholiques eux-mêmes renoncent à poser les limites qui permettent de le distinguer du profane ?

L’ouverture au monde est une exigence évangélique. La confusion avec le monde ne l’est pas. Et le désir obsessionnel de paraître « ouvert », « moderne » ou « décomplexé » ne constitue pas davantage une vertu théologale. L’Église n’évangélise pas en transformant ses lieux spirituels en décors : elle évangélise lorsqu’elle rappelle qu’il existe des réalités qui ne sont précisément pas ordinaires parce qu’elles sont ordonnées à Dieu.

Il reste donc une réponse très simple : ne pas aller voir le film. Le christianisme survivra évidemment à Tombé du ciel. Mais l’enjeu dépasse largement un film : il s’agit de savoir quelle place notre société entend encore reconnaître au christianisme : celle d’une foi vivante et respectable ou celle d’un vestige culturel que l’on conserve dans les pierres tout en le tournant en dérision lorsqu’il prétend encore parler aux consciences. Voilà pourquoi nous n’irons pas voir Tombé du ciel. Car la culture façonne silencieusement ce qu’une société apprend à respecter, à mépriser ou simplement à ne plus accepter.

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