À 29 ans, Gabriel Tebrean, né d’un père roumain et d’une mère polonaise catholique, s’apprête à franchir une étape décisive de sa vie en recevant l’ordination sacerdotale pour le diocèse de Paris, samedi 28 juin prochain en la cathédrale Notre Dame de Paris. Pourtant, rien ne semblait prédestiner ce jeune Roumain, baptisé dans l’Église orthodoxe, à devenir un jour prêtre catholique dans la capitale française.
Né en Roumanie, Gabriel grandit au sein d’une famille où cohabitent deux traditions chrétiennes. Son père est roumain orthodoxe, tandis que sa mère, d’origine polonaise, est catholique de rite latin. Une double appartenance qui a profondément marqué son enfance. « J’étais assez touché par le fait que mon papa allait à l’église orthodoxe, puis ma mère allait à l’église catholique », confie-t-il. Mais cette richesse spirituelle s’accompagnait aussi d’une blessure. « J’ai été presque scandalisé du fait qu’on n’arrivait pas à prier tous ensemble dans la même église. »
Cette expérience familiale fera naître chez lui une sensibilité particulière à la question de l’unité des chrétiens. Très tôt, il découvre également la beauté de la liturgie et s’investit dans la vie paroissiale de sa région natale, la Bucovine. Cette terre située au carrefour de plusieurs cultures accueille depuis des siècles des communautés roumaines, polonaises, allemandes, hongroises et ukrainiennes. Au sein de cet environnement multiculturel, Gabriel apprend à jouer de l’orgue, participe activement à la vie de sa paroisse et s’engage auprès des groupes de jeunes. Peu à peu, il ressent un attrait grandissant pour le Seigneur. « Je sentais que j’aimais le Seigneur, je sentais que le Seigneur m’attirait », explique-t-il.
Lire aussi
À l’âge de 18 ans, convaincu de cet appel intérieur, il entre au séminaire en Roumanie. Mais son chemin vocationnel va ensuite prendre une direction inattendue. Attiré par la France et encouragé par des amis déjà installés à Paris, il rejoint la capitale pour poursuivre des études universitaires. À la Sorbonne, il entreprend une licence de langue, littérature et civilisation polonaises. Ces années lui permettent d’approfondir sa maîtrise du français, de renouer avec la langue de sa mère et de découvrir progressivement la vie de l’Église à Paris. C’est précisément cette découverte qui va bouleverser certains préjugés qu’il avait entendus dans son pays d’origine.
« En Roumanie, on disait que l’Occident est perdu, que l’Occident est athée, que l’Église est complètement morte », raconte-t-il. « En arrivant à Paris, je me suis rendu compte que l’Église était vivante, qu’elle était dynamique. »
Pendant ses études, Gabriel continue de discerner sa vocation avec l’aide d’un prêtre accompagnateur. Après plusieurs années de réflexion, il demande à entrer en propédeutique pour le diocèse de Paris. Le tournant décisif survient au cours des Exercices spirituels de saint Ignace. Lors d’une retraite de trente jours, il reçoit intérieurement une parole de l’Évangile qui l’accompagne depuis lors : « Heureux les artisans de paix ». Cette béatitude devient la clé de lecture de toute son histoire. Elle relie son enfance entre orthodoxes et catholiques, son expérience de la diversité culturelle en Bucovine et sa découverte de Paris, cette « ville-monde » où se croisent tant de peuples et de sensibilités.
« Le prêtre doit être un homme d’unité et de paix », affirme-t-il. C’est pourquoi il a choisi cette parole du Christ comme devise d’ordination.
À l’heure où les divisions traversent parfois les familles, les sociétés et même les communautés chrétiennes, Gabriel Tebrean souhaite faire de cette mission son fil conducteur. Il espère être un artisan de paix entre les personnes, entre les différentes sensibilités ecclésiales et, plus largement, entre les peuples. Du village multiculturel de Bucovine aux paroisses parisiennes, son parcours témoigne ainsi d’une conviction profonde : l’unité n’efface pas les différences, elle les fait converger vers une même foi au Christ. Une mission qui s’annonce au cœur même de son futur ministère sacerdotal.
Source Diocèse de Paris


