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[ Visite du pape Léon XIV au Cameroun ] EXCLUSIF : « Il n’y a pas un évêque qui soit nommé sans l’accord du pouvoir »

Le pape Léon XIV avec le président Paul Biya lors de sa visite de courtoisie - capture écran
Le pape Léon XIV avec le président Paul Biya lors de sa visite de courtoisie - capture écran
Entre tensions politiques et divisions internes au sein de l’Église, le voyage du Saint-Père suscite de nombreux commentaires et beaucoup d’attentes

Arrivé cet après-midi à 14h57 à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, le pape Léon XIV entame une visite de quatre jours dans un pays marqué une situation politique instable et des divisions internes au sein même de l’Église locale. Daniel Eya’a, journaliste indépendant à Yaoundé nous a livré son témoignage.

Daniel Eyda’a @tribunechretienne

Vous avez 28 ans et vous êtes journaliste indépendant à Yaoundé. Comment interprétez-vous la venue du pape au Cameroun sur fond de tensions après les récentes élections ?

La situation politique du Cameroun n’est pas du tout stable depuis les élections d’octobre dernier. Il y a eu notamment la création d’un poste de vice-président, qui pourrait permettre au président Paul Biya de contrôler davantage la succession et de désigner son successeur dans un cadre constitutionnel. Cette révision est très contestée. Dans ce contexte, la venue du pape peut être interprétée comme une forme d’apaisement après ces événements. On sait que la religion catholique est très présente au Cameroun, elle concerne près de 40 % de la population. Pour le pouvoir, la présence du pape peut apparaître comme un moyen de se réconcilier avec une partie de la population et de tourner la page.
D’une certaine manière, cela peut aussi être perçu comme une instrumentalisation politique. Il faut rappeler qu’il y a encore des manifestants et des opposants emprisonnés ou en exil. Issa Tchiroma Bakary, le candidat malheureux de la présidentielle continue de revendiquer sa victoire. Dans ce contexte, certains peuvent voir dans cette visite une manière de faire oublier les tensions actuelles.

Comment cette visite s’inscrit-elle dans la réalité de l’Église au Cameroun ?

L’Église catholique est très présente dans la société camerounaise. Mais depuis l’élection contestée, on observe des divisions internes. Il existe globalement deux sensibilités : certains évêques, notamment à Yaoundé, sont perçus comme proches du pouvoir, tandis que d’autres, notamment du côté de Douala, ont adopté une position plus critique.
Ces derniers n’ont pas hésité à dénoncer les arrestations arbitraires survenues pendant et après l’élection présidentielle. Cela a créé un certain malaise au sein de l’Église. La venue du pape va forcément poser la question de ces tensions internes et de la manière de les dépasser. Comment retrouver une unité ?

C’est un enjeu important. Il faut aussi rappeler que, même si l’on parle de séparation entre l’Église et l’État, dans les faits, les relations sont étroites. La présidence joue un rôle informel mais réel, et il n’y a pas un évêque qui soit nommé sans l’accord du pouvoir.

Les décisions ne se prennent pas sans l’aval du président Paul Biya.

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Quel impact cette visite peut-elle avoir sur le plan religieux ?

Au Cameroun, la venue du pape suscite toujours un grand enthousiasme. Les fidèles sont très attachés à sa figure. Cet élan est réel, il n’est pas artificiel. Il y a aussi beaucoup d’attentes, notamment en lien avec la situation à Bamenda, dans les régions anglophones. Cette crise, qui dure depuis 2016, oppose les populations anglophones et le pouvoir central, avec des revendications séparatistes. Des groupes armés sont actifs et la situation reste très tendue. Le fait que le pape se rende à Bamenda est très important. Cela suscite beaucoup d’espoir. Il pourrait contribuer à attirer l’attention internationale sur ce conflit et encourager un apaisement. D’ailleurs, des groupes séparatistes ont annoncé un cessez-le-feu pendant les jours de sa présence. De manière générale, il n’y a pas de tensions religieuses majeures au Cameroun entre catholiques, protestants et musulmans. Les principaux problèmes sont d’ordre politique et sécuritaire, notamment avec la menace de Boko Haram dans l’Extrême-Nord. Ainsi, cette visite est à la fois un moment spirituel important et un événement qui s’inscrit dans un contexte politique et social particulièrement sensible.

propos recueillis par Philippe Marie

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