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[Euthanasie] Le business du don d’organes, prochaine étape de la culture de mort ?

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Le trafic d'organes constitue aujourd'hui l'une des formes les plus lucratives de la criminalité internationale

Derrière l’expression d’« aide à mourir » se cache un profond glissement sémantique. En rebaptisant l’euthanasie et le suicide, on leur donne l’apparence d’un acte de soin, alors qu’il s’agit toujours de provoquer volontairement la mort d’une personne. Ce changement de vocabulaire n’est pas neutre : il modifie le regard porté sur un acte que la médecine avait jusqu’ici pour mission d’empêcher. Or, une fois ce premier verrou éthique levé, d’autres questions surgissent inévitablement. Parmi elles figure celle du don d’organes.

Le don d’organes constitue l’une des plus belles expressions de la solidarité humaine. Chaque année, il permet de sauver des milliers de vies grâce à la générosité de donneurs et de leurs familles. Cette confiance repose cependant sur un principe intangible : le médecin soigne son patient jusqu’au bout et ne peut jamais être celui qui provoque sa mort afin de prélever ses organes. C’est précisément ce principe que certains souhaitent aujourd’hui faire évoluer.

Dans un article publié récemment par le New England Journal of Medicine, trois médecins canadiens proposent de revoir la « règle du donneur décédé », qui impose que le décès soit constaté avant tout prélèvement d’organes. Selon eux, dans certains cas de patients ayant demandé l’euthanasie, le prélèvement lui-même pourrait devenir la cause immédiate du décès, afin de préserver au mieux les organes destinés à la transplantation, l’on est toujours dans cette fameuse logique d’efficacité.

Une telle proposition, encore théorique, suscite de profondes interrogations. Pour ses auteurs, il s’agirait d’accroître les possibilités de transplantation tout en respectant le consentement des patients. Pour de nombreux bioéthiciens, elle remet au contraire en cause l’un des fondements moraux de la médecine moderne : ne jamais considérer un être humain avant tout comme un moyen au service d’un autre.

Cette réflexion intervient dans un contexte mondial déjà particulièrement préoccupant. Le trafic d’organes constitue aujourd’hui l’une des formes les plus lucratives de la criminalité internationale.

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Selon les estimations reprises par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), entre 5 % et 10 % des greffes de rein pratiquées chaque année dans le monde seraient liées à des circuits illicites. Ce commerce criminel générerait entre 840 millions et 1,7 milliard de dollars de profits annuels. Les victimes sont le plus souvent des personnes en situation d’extrême précarité, recrutées par des réseaux criminels qui exploitent leur vulnérabilité, tandis que la pénurie chronique d’organes continue d’alimenter un marché clandestin international. Ces chiffres ne concernent pas strictement le système français du don d’organes, fondé sur un cadre juridique strict, mais ils rappellent que les enjeux entourant la transplantation sont considérables.

Personne ne peut affirmer aujourd’hui que la légalisation de « l’aide à mourir » conduira à de telles dérives en France. En revanche, il est légitime de constater que, dès lors qu’une société admet que le médecin puisse provoquer volontairement la mort d’un patient dans certaines circonstances, de nouvelles questions éthiques apparaissent. Ce qui semblait hier inconcevable devient progressivement objet de discussion, puis parfois de réforme. À partir du moment où la mort est volontairement provoquée, le danger est de faire entrer le corps humain dans une logique purement marchande : chaque corps à un tarif. Dans un monde où le trafic d’organes est déjà une réalité criminelle, nul ne peut ignorer que les réseaux les plus malhonnêtes cherchent alors à tirer toujours plus de profit des failles éthiques et de la vulnérabilité des personnes.

Au moment où la France s’interroge sur la place qu’elle entend donner à « l’aide à mourir », cette évolution mérite d’être observée avec la plus grande attention. Car en matière de bioéthique, l’expérience montre que les mots préparent souvent les actes. Lorsque le suicide devient une « aide », puis un « soin », les limites qui semblaient autrefois intangibles peuvent, elles aussi, finir par être redéfinies.

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