Dans une lettre datée du 19 juillet 2026 depuis Menzingen, en Suisse, l’abbé Davide Pagliarani, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX), revient sur les consécrations épiscopales du 1er juillet à Écône et sur les sanctions canoniques prises par le Saint-Siège à leur encontre. Ce texte, adressé aux fidèles de la Fraternité à travers le monde, mêle action de grâce, méditation spirituelle et critique des décisions de Rome. L’abbé Pagliarani commence par remercier les fidèles qui ont accompagné les sacres par leur prière. Il évoque avec émotion la cérémonie d’Écône, marquée par un violent orage, dont il retient surtout l’attitude des milliers de personnes restées à genoux malgré les intempéries.
« C’était la plus belle image que l’on puisse donner de la Fraternité », écrit-il, voyant dans cette fidélité le témoignage d’âmes profondément attachées au saint sacrifice de la messe et à la transmission de la foi catholique. L’un des passages les plus marquants de cette lettre concerne les sanctions décidées par le Saint-Siège. Le supérieur général affirme avoir espéré « jusqu’au dernier jour » un geste de compréhension de la part de Rome. Il regrette que les consécrations aient finalement été condamnées et estime que « la dureté des sanctions prises est sans précédent ».
Selon lui, ces mesures dépassent largement les seuls évêques et prêtres concernés. « Les sanctions entendent vous frapper vous aussi d’une manière assez cruelle », écrit-il directement aux fidèles. Pour l’abbé Pagliarani, ces derniers deviennent eux aussi les victimes indirectes des décisions romaines en raison de leur attachement à la Fraternité et à la Tradition liturgique qu’elle entend préserver. Le supérieur de la FSSPX affirme également que ces sanctions représentent « une humiliation immense » pour ceux qui, selon lui, « n’ont d’autre but que de défendre la vraie foi et de travailler au salut des âmes ». Cette humiliation, poursuit-il, trouve néanmoins un sens spirituel puisqu’elle serait offerte afin de permettre aux fidèles de continuer à recevoir « l’enseignement de la vraie foi » et « les vrais sacrements ».
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L’abbé Pagliarani va plus loin encore lorsqu’il affirme que « c’est la Tradition elle-même (…) qui est excommuniée dans tous ceux qui l’incarnent ». Selon lui, une telle condamnation « ne peut pas être valide devant Dieu », puisqu’elle viserait ce qu’il considère comme le cœur même de la vie de l’Église. Cette analyse est toutefois contestée par le Saint-Siège. Les autorités romaines ont expliqué que les sanctions canoniques prononcées après les consécrations du 1er juillet concernent des actes jugés contraires au droit de l’Église et non la Tradition catholique elle-même, que Rome affirme continuer à reconnaître comme faisant pleinement partie du patrimoine vivant de l’Église.
Au-delà de cette critique, la lettre prend un ton résolument spirituel. Le supérieur général invite les fidèles à ne pas se laisser troubler par les événements et à conserver vivante « la petite bougie » reçue au baptême, symbole de la foi qui doit, selon lui, demeurer allumée malgré « tous les vents contraires ».Il confie enfin la Fraternité et ses fidèles à la protection de la Vierge Marie, rappelant que la société sacerdotale lui est consacrée. Il prie pour que les nouveaux évêques demeurent fidèles à leur mission et conclut par une promesse adressée aux fidèles : « La Fraternité ne vous abandonnera jamais. Jamais vos âmes ne perdront leur valeur et leur prix aux yeux de ses prêtres. »
Par cette lettre, l’abbé Davide Pagliarani confirme la détermination de la Fraternité Saint-Pie X à poursuivre sa mission malgré les sanctions canoniques et cherche à rassurer les fidèles dans une période de fortes tensions avec le Saint-Siège. Il présente ces épreuves comme un appel à la fidélité, tout en réaffirmant la conviction de la Fraternité de servir la Tradition de l’Église.
Lettre de l’abbé Davide Pagliarani
Menzingen, le 19 juillet 2026
« Bien chers fidèles,
Quelques jours après la cérémonie du 1er juillet, je tiens à vous adresser ces quelques mots.
Je souhaite tout d’abord vous remercier. Depuis plusieurs années, je priais la très sainte Vierge afin qu’elle prépare les cœurs à cet événement historique. J’avoue avoir été profondément touché de voir comment, tous, vous avez accompagné les sacres épiscopaux par votre prière et votre gratitude envers la divine Providence.
Le 1er juillet, de nombreux fidèles du monde entier étaient présents à Écône, et ils vous représentaient tous. Ce fut une immense joie de les voir si nombreux et si fervents. Comme vous le savez certainement, un orage s’est produit pendant la cérémonie : « Devant l’éclat de sa présence, les nuées se sont élancées… Et le Seigneur a tonné du haut du Ciel, et le Très-Haut a fait entendre sa voix » (Ps. 17, 13–14). À ce moment-là, ma joie a redoublé. D’un côté, j’étais le témoin privilégié d’une liturgie d’une beauté exceptionnelle ; de l’autre, j’avais sous les yeux une autre beauté, tout aussi touchante : celle d’une foule immense de fidèles demeurant à leur place durant tout l’orage et priant Notre-Dame pour les nouveaux évêques, pour l’Église et pour le Pape. Parmi eux se trouvaient des dames âgées, à genoux, ainsi que de jeunes mamans portant leurs nourrissons dans les bras. C’était la plus belle image que l’on puisse donner de la Fraternité : des fidèles animés d’une foi inébranlable, que rien ne saurait troubler ; des âmes pour lesquelles le saint sacrifice de la Messe est véritablement le centre de leur vie. Vous ne pouvez pas imaginer la consolation qui fut la mienne à cet instant. Cette scène s’est profondément gravée dans ma mémoire et je ne pourrai jamais l’oublier.
Jusqu’au dernier jour, j’ai espéré un geste de bienveillance, ou du moins de simple compréhension, de la part du Saint-Siège. Mais les sacres ont été condamnés et la dureté des sanctions prises est sans précédent. Elles visent d’abord les évêques, mais aussi les membres de la Fraternité. Même les fidèles sont concernés. Cette condamnation, parfaitement injuste, représente une humiliation immense pour des personnes qui n’ont d’autre but que de défendre la vraie foi et de travailler au salut des âmes. Mais je tiens à ce que vous sachiez que cette profonde humiliation, qui touche d’abord les membres de la Fraternité, a un sens aux yeux de Dieu qui ne doit pas vous échapper. En dernière analyse, ces sacres ont été accomplis pour chacun d’entre vous, chers fidèles. Vos âmes sont le véritable trésor confié à la Fraternité, ce qu’elle chérit le plus. Une seule âme possède une valeur infinie. Si, pour lui assurer l’enseignement de la vraie foi et l’administration des vrais sacrements, il faut payer le prix d’une telle humiliation, alors cela en vaut la peine, car une âme n’a pas de prix. La fête du Très Précieux Sang de Notre-Seigneur, prix de notre salut, nous le rappelait avec force le 1er juillet.
Les sanctions entendent vous frapper vous aussi d’une manière assez cruelle. Cela est certainement douloureux, mais n’en soyez pas trop surpris. En définitive, c’est la Tradition elle-même, que nous chérissons plus que tout, qui est excommuniée dans tous ceux qui l’incarnent. Il est évident que, devant Dieu, une telle condamnation ne peut pas être valide, car elle condamnerait ce qui est au cœur de la vie même de l’Église.
Mais alors, au milieu de ce nouvel orage, une question se pose : qu’est-ce que Notre-Seigneur attend de vous maintenant ? C’est dans l’âme de chacun d’entre vous que la foi doit demeurer intègre et vivante. Si la Providence permet une crise telle que l’enseignement de la foi se trouve mystérieusement obscurci, cette même foi doit continuer de vivre dans les âmes, malgré tous les vents contraires qui cherchent à l’éteindre. Si l’éclat extérieur de la profession officielle de la foi vient à disparaître, la petite bougie que chacun d’entre vous a reçue le jour de son baptême doit rester allumée dans son cœur et dans son esprit jusqu’au dernier jour. C’est, en définitive, la seule chose qui compte. Cette petite flamme est la première chose que nous avons reçue au commencement de notre vie chrétienne, et c’est aussi la seule que nous conserverons jusqu’à la fin.
Je vous confie tous à la très sainte Vierge Marie, à laquelle la Fraternité Saint-Pie X a été consacrée à un titre tout particulier. Qu’elle vous protège toujours au milieu de tous les orages et de toutes les difficultés, et qu’elle garde vivante cette petite flamme allumée dans vos âmes lorsque se déchaînent tous les vents contraires. Toutes les grâces nous viennent par ses mains. C’est elle que nous devons remercier pour la grâce des sacres, et c’est elle que nous devons prier afin que les nouveaux évêques soient des instruments toujours plus dociles à ses inspirations, et qu’ils persévèrent jusqu’à la fin dans cette fidélité.
La Fraternité ne vous abandonnera jamais. Jamais vos âmes ne perdront leur valeur et leur prix aux yeux de ses prêtres.
Dieu vous bénisse ! »


